Selon un proverbe écossais, « Ce n’est lorsque le puits s’assèche que l’on découvre la valeur de l’eau« .
Jusqu’ici, il ne se passe pas de jour où, dans un ou plusieurs quartiers d’Antananarivo, les manifestations bruyantes de la population concernaient surtout les délestages.
Depuis quelques jours, les réseaux sociaux révélaient le manque d’eau potable à l’aéroport d’Ivato, obligeant, semble-t-il, les avions en provenance de l’Etranger à emmener l’eau potable nécessaire pour leur vol de retour.
Il y a quelques semaines, Vazaha Tandrametaka accueillait avec faste et fierté le 1er vol d’Emirates Airlines. Quelle image si le B777 de cette compagnie doit emmener de Dubaï (une ville située dans le désert !) l’eau potable nécessaire !
Les toilettes de l’aéroport n’étaient plus fonctionnelles, faute d’eau.


Toilettes aérogare Ivato
Quelle honte ! Cette pénurie d’eau étalée aux yeux du monde entier ! Vazaha Tandrametaka ne pouvait pas le supporter et « il a donné des instructions » pour y remédier. Il a fallu ce buzz sur les réseaux sociaux avant que Vazaha Tandrametaka ne s’aperçoive de la gravité du problème !
Il a profité de la remise d’un scanner, don du gouvernement japonais (et pourtant, toujours pas d’ambassadeur malagasy au Japon depuis 2019 !) à l’hôpital manarapenitra d’Andohatapenaka, pour annoncer qu’il allait résoudre très rapidement ce problème d’eau !
S’agissant justement des scanners, Madagascar en a acquis 11, dont 4 seulement sont opérationnels à ce jour (Girard et Robic, Morondava, Antsiranana et Toamasina). Combien d’années faudra-t-il attendre avant que ce dernier scanner soit opérationnel ? Puis, est-ce à un président de la République de réceptionner un tel matériel ! N’a-t-il vraiment rien de plus utile à la population à faire ?
SOFITRANS, « On a toujours besoin d’un plus petit que soi »
Pour en revenir au problème de l’eau à l’aéroport d’Ivato, malgré l’avis public affiché ci-dessus, Ravinala a pondu un communiqué comme quoi tout va bien. « Circulez, y’a rien à voir » ! Tout va bien Madame la Marquise !
MGH (Madagascar Ground Handling) aurait fait le nécessaire pour assurer l’avitaillement (fourniture aux avions) des avions en eau potable. Nous avons mené notre enquête pour savoir quelles mesures a prises MGH pour y arriver. Un employé de MGH nous a appris qu’en réalité, MGH s’approvisionne en eau potable auprès de SOFITRANS. Ce serait cette petite société malagasy qui s’était démenée pour trouver des solutions, et sauver les activités de Ravinala Airports ! Cette société malagasy que Ravinala Airports a pourtant écartée de la vente de produits hors taxes sous douane, une de ses activités traditionnelles, au profit de la société PIMODATA détenue par des étrangers (Pisal-Hamida, Moritz-Leader price, Dabezies et Taloumis). Initialement, ce devait être une co-entreprise avec la société spécialiste du duty free suisse Dufry. Malgré le désistement de cette dernière, après une affaire de corruption à l’aéroport de Maurice, Ravinala Airports a donné le marché à PIMODATA qui n’a aucune expérience de ce métier !
Et Valéry le ministre des transports regarde cette spoliation sans broncher ! Tout comme Vazaha Tandrametaka qui avait pourtant promis officiellement aux employés de Sofitrans de régler ce problème de dépouillement d’une société malagasy.
Lire « Andry Rajoelina cède au néo-colonialisme » publié dans la Gazette de la Grande Île le 15 décembre 2021″ https://www.lagazette-dgi.com/p-67154.html .
Nous avons tenté sans succès de joindre la société Sofitrans. Nous espérons que le nouveau DG de Ravinala Airports méditera ce proverbe malagasy qu’il se fera traduire « Aza atositosika ny ondry botry, fa tsy fantatra izay hanao kambana« . « On a toujours besoin d’un plus petit que soi« .
Résolution du problème de l’eau
C’est le 3ème conseil des ministres qui aborde le problème d’approvisionnement en eau potable, sans qu’on voie d’amélioration. Déjà, il faudrait savoir si le gap est de 100 000 m³ pour Antananarivo et environs ou de 230 000 m³ pour Tana ville, les PV de deux conseils des ministres ayant mentionné ces données contradictoires : « Un problème bien posé est un problème à moitié résolu« , disait Henri Poincaré.
Toujours et encore ces fameux projets présidentiels ? Jusqu’à la construction de WC à Fianarantsoa comme projet présidentiel ! Nous pensions que Vazaha Tandrametaka avait enterré à jamais ce vocable avec son 1er mandat, à l’instar des 13 velirano. Un vocable traduisant la centralisation excessive du pouvoir aux mains de Vazaha Tandrametaka.
Ci-après une traduction libre des passages importants de cet extrait du PV des conseils des ministres du 09 octobre 2024 :
« La recherche d’une solution à l’approvisionnement en eau se poursuit, car cela provoque la frustration de nombreux citoyens, non seulement à Antananarivo mais dans tout Madagascar… Le « Centre de Commandement Opérationnel » a été créé pour coordonner les travaux et pouvoir agir rapidement en vue de résoudre rapidement les rpoblèmes éventuels. Le ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène coordonnera les aspects techniques, mais l’ensemble du gouvernement travaillera de concert pour répondre aux besoins de la population.
Le Président de la République a également fait remarquer que les problèmes d’approvisionnement en électricité et en eau sont interdépendants et a souligné que des groupes de secours doivent être mis en place à toutes les stations de pompage afin qu’il n’y ait pas d’interruption de l’approvisionnement en eau.
Les grands projets qui constituent des solutions à long terme tels que PAAEP et TANA WATER III doivent être également accélérés, ce qui permettra l’augmentation de la production d’eau potable et le remplacement des vieux tuyaux de conduite d’eau. L’objectif du président est qu’il n’y ait plus de problèmes d’approvisionnement en eau, comme actuellement, pendant la saison sèche.
Ces projets ont démarré en 2021, mais en raison de problèmes de corruption, la réalisation de ces projets a traîné . Le président n’accepte pas les manigances de quelques-uns qui sacrifient l’intérêt public à leurs intérêts personnels ».
Tellement d’informations contenues dans ce PV du conseil des ministres :
-On parle de la « frustration de toute la population malagasy« , comme pour se donner bonne conscience, mais on ne parlera que des solutions pour Antananarivo. Puis, comprend-il qu’il ne s’agit pas seulement de frustration, mais de problèmes hygiène, de problèmes de santé publique et de survie ? Pas d’eau, pas de quoi faire sa toilette, pas de riz à manger. Vazaha Tandrametaka, révisez la base, apprenez ce qu’est la pyramide de Maslow !
–Création d’un Centre de Commandement Opérationnel, dont on ne sait pas à quelle structure il va être rattaché. Probablement à la Présidence ou au moins à la Primature, compte tenu de la propension de Vazaha Tandrametaka à la centralisation excessive. Qui va être à sa tête ?
Cela rappelle furieusement l’ouverture du Centre opérationnel de commandement COVID-19 et les dérives déjà dénoncées par la Cour des comptes en 2022. Le président de ce centre était l’ex-ministre de l’Intérieur Tianarivelo Razafimahefa, et cela lui avait valu le surnom de ministre-écran plat. https://www.mef.gov.mg/assets/vendor/ckeditor/plugins/kcfinder/upload/files/_reformes/12%20Rapport%20DEF%20NOTIFIE%20%20suivi%20%20des%20recommandations%20de%20la%20Cour.pdf
Toujours est-il qu’en août 2024, les magistrats de cette Cour ont constaté que leurs recommandations n’ont toujours pas été appliquées par Andry Rajoelina, alors que de nombreux détournements de fonds eurent lieu dans ce centre opérationnel de commandement, et Vazaha Tandrametaka s’étonne que rien ne marche dans ce pays ! https://www.rfi.fr/fr/afrique/20220303-madagascar-la-confiance-entach%C3%A9e-des-bailleurs-face-%C3%A0-la-gestion-des-fonds-anti-covid-19
Comme en témoigne également cet extrait d’un article de notre confrère Africa Intelligence :
» La synthèse brocardait les manquements du gouvernement, dirigé alors par le premier ministre Christian Ntsay et par le président Andry Rajoelina. Les magistrats y dénonçaient de nombreuses irrégularités dans la gestion de ces fonds, et des suspicions de détournement avaient été évoquées. La Cour des comptes avait aussi soupçonné des prestations fictives, comme les travaux supplémentaires pour la réhabilitation du centre d’isolement situé à l’aéroport international d’Ivato, à Antananarivo. La société prestataire, Mitea, appartenait à une proche de Rinah Rakotomanga, la directrice de la communication d’Andry Rajoelina à cette époque.
Des achats exorbitants de matériel informatique pour le Centre de commandement opérationnel, qui coordonnait la lutte contre l’épidémie, avaient aussi attiré l’attention : la société prestataire était dirigée par Tsanta Razafimahefa, l’épouse de Tianarivelo Razafimahefa, qui n’était autre que le ministre de l’intérieur de l’époque. Ce dernier a été élu député sous les couleurs du parti d’Andry Rajoelina lors des législatives du 29 mai« .
Certes, le « Centre Opérationnel de Commandement » est devenu cette fois « Centre de Commandement Opérationnel« , mais cela changera-t-il fondamentalement quelque chose ? Auparavant, c’était le centre qui était opérationnel ? Cette fois, c’est le commandement qui serait opérationnel ?
-Eurêka ! Vazaha Tandrametaka vient de redécouvrir la roue ! « Les problèmes d’approvisionnement en électricité et en eau sont interdépendants et des groupes d’urgence doivent être mis en place à toutes les stations de pompage ». Trop fort ce régime !
-« Les projets traînent à se réaliser à cause des problèmes de corruption« . Ne venez pas dire que vous venez enfin de découvrir ce problème. L’Inspection Générale de l’Etat, la Cour des Comptes vous avaient alerté maintes et maintes fois à ce sujet. Vous n’avez pris aucune mesure. Bien au contraire, les responsables ont été promus !
Alors cette fois, maintenant que vous êtes au pied du mur, allez-vous enfin sanctionner ces mauvais responsables et donner l’exemple ? Allez-vous par exemple faire ouvrir une enquête judiciaire contre Romy ? Contre Rinah ? Ministre écran plan et ministre bonbon sucettes ? Pour ne citer que ceux-là.
Puis en matière de gouvernance, ce Centre de Commandement Opérationnel n’empiète-t-il pas sur les responsabilités du DG de la Jirama, qui sous-entend qu’il est incompétent ? Auquel cas, ne faudrait-il pas le limoger ? Il coûte très cher de surcroît !
Les Tananariviens de base ne sont pas sortis de l’auberge, et ce n’est pas Vazaha Tandrametaka qui les sortiront de leur pétrin. Malgré son « Madagasikara tsy maintsy mandroso », le « je vous ai compris » ne fonctionne plus, car « Ventre vide n’a point d’oreille » (sans eau, pas de riz à se mettre sous la dent).
Les Malagasy vont bientôt crier sur tous les toits « Vazaha Tandrametaka, dégage »! Comme le peuple tunisien avait fait pour le dictateur Ben Ali.









