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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Municipâneries

La gazette de la grande île
12/12/20247 minute read

Nous n’aurions pas trouvé meilleur titre, et on en rirait si ce n’est pas aussi grave. Cet excellent article (comme d’habitude) d’Ikala Paingotra (La demoiselle qui pique comme une épingle) fait un tour d’horizon des « magouilles » d’un régime aux abois, qui ne veut absolument pas perdre de nouveau les grandes villes comme lors des législatives. « Plus c’est gros, plus ça passe » pensaient les affidés de Rajoelina SAFIOTRA. Malheureusement pour ce dernier, ça ne passe plus et ça risque plutôt de casser.

24 heures plus tard, la CENI n’affiche toujours pas de résultats provisoires pour la capitale ! Probablement en train de les tripatouiller afin de cacher les incohérences trop flagrantes.

https://www.madagascar-tribune.com/Munici-pales.html  

« A la fin de cet article, le lecteur aura le loisir de télécharger la « Liste de vérification des électeurs ayant obtenu une ordonnance », des fois qu’ils auront la surprise d’y trouver leur nom, avec quelques changements du type « né de mère inconnue »

« Les élections municipales se sont déroulées sans aucune surprise quant au processus marqué de tentatives de fraudes. Il est très étonnant qu’à l’heure des smartphones et des réseaux sociaux, certains s’imaginent encore pouvoir faire leurs magouilles en étant ni vus, ni connus. Depuis quelques jours jusqu’à la journée d’hier, on a eu droit à des vidéos aussi révélatrices les unes que les autres : bulletins pré-cochés, distribution d’argent, opérations de propagande déguisée en distribution de PPN, vagues d’ordonnances, bourrage d’urnes (comme ces 371 bulletins dans un bureau de vote d’Ambohitsoa, pour 311 votants enregistrés), ou encore les arrestations arbitraires de l’ancien parlementaire Tody Arnaud (Toamasina) et du député Christian Afakandro (Majunga), qui dénonçaient les fraudes.

Le phénomène des ordonnances est une illustration flagrante que le pouvoir actuel est arrivé à un stade où il ne reculera plus devant aucune méthode pour remporter des élections. Encore une fois, le pouvoir s’est arrangé pour vaincre sans péril et triompher sans gloire. On a eu le hors-d’œuvre lors de la présidentielle, le plat de résistance lors des législatives, et le dessert avec les municipales.

Ordonnances mora

Dans la Capitale où les dernières législatives montraient une tendance défavorable au régime, des citoyens sans carte d’électeurs ont été autorisés à voter par le biais d’ordonnances. Si l’illégalité de ce processus a déjà été dénoncée par l’opposition et la société civile, il y a en plus un fait qui autorise la suspicion : le nombre d’ordonnances délivrées à Antananarivo-Renivohitra (près de 37897) était ce qu’il fallait pour dépasser confortablement les 19282 voix avec lesquelles l’opposition avait surclassé les candidats du pouvoir aux dernières législatives. Comble de la bêtise : les documents présents sur le site officiel de la CENI montrent une flopée d’incongruités sur les noms des bénéficiaires d’ordonnances et de leurs parents (photo en bas d’article, tirée de la page 1 du document Liste de vérification des électeurs ayant obtenu une ordonnance, téléchargée le 11 décembre 2024 sur le site de la CENI, également partagée en fin d’article au cas où quelqu’un voudrait faire disparaître les preuves compromettantes).

C’est donc un processus sans peur et sans honte (tsy henatra, tsy tahotra) qui a été déroulé par le pouvoir pour tenter de s’assurer la victoire. Quand on constate ce qui a été osé dans la Capitale, on imagine sans peine ce qui se passe dans les zones reculées où la vigilance est plus relâchée. Dans la panique d’un risque sérieux de défaite, les dirigeants ont fait fi des derniers scrupules qu’ils pouvaient encore théoriquement avoir, avec la complicité d’un système électoral aux ordres, allant de certains chefs fokontany à la CENI, en passant par certains juges pour délivrer à tour de bras des ordonnances suspicieuses. On s’attend déjà à ce que la Haute cour constitutionnelle tire à vue comme sur des flamants roses vers toutes réclamations, au nom d’arguties juridiques dont elle a le secret. Quant aux mécontents, le pouvoir n’hésitera pas à sortir le personnage effrayant des contes malgaches qu’est Ingahibesola pour s’occupera d’eux à coups d’interdiction de rassemblements publics et de répression par les forces de l’ordre.

L’utilisation des fake news et autres montages vidéo faits par le pouvoir pour induire les citoyens en erreur a également pris de l’importance. À Majunga, un candidat a simulé une agression de la part du député Christian Afakandro, qui a été arrêté à la suite de cela. Des vidéo démontrent cependant qu’il n’a fait aucun geste répréhensible. Le montage qui semble incriminer le député a pourtant été largement partagé par les comptes fake manipulés par le pouvoir (photo). Enfin, lors de sa dernière intervention télévisée, Rajoelina lui-même a attaqué Tojo Ravalomanana pour avoir tenu des propos tribalistes, alors que la preuve a été apportée que cette vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux était un montage. Quand un chef d’État s’abaisse à participer à une campagne de dénigrement basée sur une vidéo fake, ce n’est plus sur le quotient intellectuel du réalisateur du montage que l’on s’interroge. Il est vrai que de la part d’un auteur de coup d’État, on ne doit pas s’attendre à un quelconque respect des valeurs démocratiques et des principes moraux.

Continuité dans l’incompétence de la CENI

Les élections municipales 2024 resteront dans l’Histoire comme un tournant majeur dans la détérioration des pratiques électorales. Maintenant, il y a quatre phénomènes croissants qui encouragent le pessimisme sur une amélioration du système électoral : l’absence de scrupules du pouvoir, l’incompétence de la CENI qui est incapable de produire des élections fiables, l’absence de sens critique par rapport aux fake news, et enfin l’influence des clans politico-mafieux au pouvoir dans la manipulation du système électoral en “faisant ce qu’il faut” pour contrôler les hommes qui gèrent le processus. Pas étonnant que scrutin après scrutin, le taux de participation s’effrite. Preuve du rejet des pratiques du régime, preuve de l’absence d’alternative crédible dans l’opposition, preuve du manque de légitimité du système politique.

Une chose est sûre : en faisant le choix de telles méthodes qui sentent la fosse septique, le pouvoir reconnaît son impopularité, ce qui l’oblige à faire feu de tout bois pour s’assurer une victoire qui serait non garantie par un processus honnête. Étonnant de la part de quelqu’un qui prétendait publiquement avec vulgarité que ses adversaires faisaient “pipi am-pataloha” rien qu’en entendant son nom. Quand on constate tous les efforts depuis un an pour manipuler les élections, on se demande si ce n’est pas ce quelqu’un qui fait “caca kilaoty” par peur de l’opposition, pour rester dans le registre trivial qui est le sien. Un pouvoir confiant dans sa popularité se sentirait-il obligé de s’abaisser à ces manœuvres ?

Notre pays n’est pas dépourvu de pitres endémiques, et on a vu fleurir dès hier les commentaires dithyrambiques qui annonçaient la victoire de tel ou tel candidat à Antananarivo-Renivohitra, sur la base des résultats de quelques centaines de bureaux de vote sur les 1139 de la Capitale. Comme si la crise de 2002 n’avait pas laissé de leçons amères sur cette approche tordue« .

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