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Le Journal de l'île Rouge
Politique

TVA sur les intérêts bancaires : une taxe qui touchera toute l’économie, pas seulement les emprunteurs

La gazette de la grande île
02/07/20255 minute read
Cette TVA ne s'arrête donc pas à l’emprunteur. En cascade, c’est le consommateur final qui paiera la note. Augmentation des prix dans les épiceries, chez les marchands de légumes, chez le coiffeur ou dans les pharmacies : toute hausse des coûts de fonctionnement sera répercutée, comme c’est toujours le cas dans un système de marché

Alors que la taxe de 20 % sur les intérêts des crédits bancaires entre en vigueur ce 1er juillet, plusieurs députés et responsables cherchent à minimiser l’impact de cette mesure, affirmant qu’elle “ne concerne que ceux qui empruntent”. Le gouverneur de la Banque Centrale, Aivo Andrianarivelo, a même déclaré qu’il ne s’agissait que d’une taxation sur “les intérêts” et non sur le capital, sous-entendant que la mesure resterait sans conséquence majeure. Mais dans un pays comme Madagascar, où la majorité des PME doivent emprunter pour fonctionner, une telle lecture est à la fois simpliste et dangereusement déconnectée de la réalité économique.
Une hausse en chaîne des prix
Les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent plus de 90 % du tissu économique formel, sont souvent dépendantes du crédit bancaire pour financer leur stock, renouveler leur matériel ou assurer leur trésorerie mensuelle. En alourdissant leurs mensualités de remboursement, cette nouvelle TVA les contraint à augmenter leurs prix de vente pour ne pas opérer à perte.
Prenons l’exemple d’un boulanger de quartier qui a contracté un crédit de 15 millions d’ariary pour acheter un four industriel. À un taux d’intérêt de 10 %, il aurait dû rembourser 1,5 million d’ariary d’intérêts. Avec l’application de la TVA, il devra désormais payer 1,8 million d’ariary d’intérêts, soit 300 000 ariary de plus. Cette charge supplémentaire ne pourra pas être absorbée par l’entreprise, déjà serrée sur ses marges. Résultat : le prix du pain augmentera. Et ce scénario se répétera dans tous les secteurs : agriculture, transport, artisanat, commerce, etc.
Du crédit à l’inflation : la chaîne est directe
Cette TVA ne s’arrête donc pas à l’emprunteur. En cascade, c’est le consommateur final qui paiera la note. Augmentation des prix dans les épiceries, chez les marchands de légumes, chez le coiffeur ou dans les pharmacies : toute hausse des coûts de fonctionnement sera répercutée, comme c’est toujours le cas dans un système de marché.
Or, à Madagascar, où l’inflation est déjà galopante et le pouvoir d’achat en chute libre, cette décision risque d’alimenter une spirale infernale. Le cercle est simple :

TVA sur les intérêts = hausse des coûts pour les entreprises

Hausse des coûts = hausse des prix

Hausse des prix = baisse du pouvoir d’achat

Baisse du pouvoir d’achat = contraction de la consommation

Contraction de la consommation = ralentissement économique

Et dans ce cycle, même ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans une banque seront affectés.
Un recul pour l’inclusion financière
Autre effet pervers : la perte de confiance envers le système bancaire formel. À force de complexifier et d’alourdir le coût du crédit, cette taxation risque de repousser les entrepreneurs vers les circuits informels, où les taux d’intérêt sont bien plus élevés, mais non taxés, et où les risques de surendettement sont accrus.
Cette perte d’attractivité du secteur bancaire compromet les efforts de longue date pour bancariser la population, qui reste encore très majoritairement en marge du système. Pour beaucoup, cette TVA de 20 % est perçue comme une punition pour ceux qui essaient d’être en règle, tandis que le secteur informel, lui, reste libre.
Une réponse politique déconnectée
Les justifications des députés, qui affirment “qu’il suffit de ne pas emprunter pour ne pas être concerné”, traduisent une méconnaissance flagrante du fonctionnement de l’économie réelle. Dans un pays où la majorité des petites structures tournent à crédit, le coût du financement est un levier direct sur les prix et la stabilité économique.
Ignorer cet effet domino, c’est nier le rôle central des PME dans la création d’emplois, la circulation de l’argent et la fourniture des biens essentiels. C’est également oublier que le budget de l’État lui-même dépend de la bonne santé de ces entreprises pour collecter la TVA, l’impôt sur les bénéfices ou encore les cotisations sociales.
Un risque économique mal mesuré
Loin d’être une mesure anodine réservée aux emprunteurs, la TVA sur les intérêts bancaires aura des conséquences économiques globales. Dans un contexte où chaque ariary compte, cette taxation risque d’accélérer l’inflation, de ralentir l’investissement, de creuser les inégalités et d’aggraver la précarité d’une population déjà à genoux.
Si des ajustements ou des exonérations ne sont pas rapidement envisagés pour les petites structures, le remède fiscal pourrait bien aggraver la maladie économique. Car en réalité, ce ne sont pas seulement les crédits qu’on vient de taxer. C’est la respiration même de l’économie.

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