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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Scandale des Boeing : L’État malgache n’est pas dupé, il est l’architecte

La gazette de la grande île
31/07/20254 minute read

Alors que l’affaire des cinq Boeing 777 immatriculés temporairement à Madagascar pour contourner les sanctions internationales fait grand bruit, l’État malgache multiplie les communiqués, les démentis et les réunions de crise. Mais cette agitation n’est qu’une mascarade de plus, une opération de diversion visant à sauver les visages d’un régime pris la main dans le sac.

Les déclarations en cascade des institutions, les accusations croisées entre le ministre des Transports Valery Ramonjavelo et le Directeur général de l’Aviation civile de Madagascar (ACM), les lettres qui circulent comme des munitions de guerre sur les réseaux sociaux… tout cela est une mise en scène. Le régime joue les surpris, les dupés, les trahis. Mais la vérité est tout autre : l’État n’a pas été dupé — il a tout orchestré.

Une opération bien huilée… jusqu’à ce que ça dérape

Ce n’est pas une erreur administrative, ni une manipulation externe. Ce fut un montage méticuleux, une stratégie bien ficelée, visant à donner une façade légale à une opération illicite : permettre à l’Iran de récupérer cinq gros porteurs malgré l’embargo américain. Et pour cela, la République de Madagascar a prêté son pavillon aérien, via des immatriculations 5R, à une société écran. Le tout, avec l’aval politique de très haut niveau.

Aujourd’hui, les responsables cherchent à se dédouaner. On sacrifie des seconds couteaux, on désigne des fusibles. Mais les noms cités sont clairs : Rinah Rakotomanga, ancienne administratrice d’Air Madagascar et aujourd’hui en poste à Pékin, accuse publiquement un ministre. Elle ne parle pas à demi-mot, elle interpelle directement, posant les vraies questions : qui a ordonné à l’ACM de livrer ces certificats ? Pourquoi mentir sur une prétendue relance d’Air Madagascar pour masquer un transfert vers Téhéran ?

Un système de magouilles bien rodé

Ce n’est pas un cas isolé. Ce régime est déjà connu pour sa capacité à maquiller des opérations douteuses sous couvert de patriotisme ou de développement. Souvenez-vous de l’affaire Romy Voos, où une corruption de très haut niveau avait éclaboussé jusqu’au président Andry Rajoelina lui-même. Là encore, des sociétés fictives, des documents falsifiés, et un silence assourdissant des institutions censées défendre l’intérêt général.

Aujourd’hui, c’est la même mécanique : une opération clandestine maquillée en stratégie d’État, un ministre qui se dit « non informé », un directeur de l’ACM qui affirme avoir obéi à des instructions écrites, et un président du Sénat silencieux malgré sa proximité avec les circuits décisionnels. Tous les pions sont en place. Tous les noms sont les mêmes.

Lalatiana Rakotondrazafy Andriatongarivo, porte-voix du régime pendant des années. Richard Ravalomanana, président du Sénat et figure clé de la sécurité nationale. Valery Ramonjavelo, ministre des Transports qui nie en bloc. Et bien sûr, Andry Rajoelina lui-même, qui tente de se tenir à l’écart de la tempête mais dont l’ombre plane sur toutes ces manœuvres.

Une crédibilité nationale en ruine

En jouant un rôle actif dans cette fraude internationale, Madagascar s’expose à des sanctions diplomatiques, notamment de la part des États-Unis. Pire encore, le pays perd sa crédibilité institutionnelle sur la scène mondiale. Que vaut encore la signature d’un État qui délivre des documents falsifiables à volonté ? Que vaut un gouvernement qui dit « ne pas savoir » ce que font ses ministres ou ses services ?

L’heure de vérité approche

Ce scandale est trop gros pour être étouffé. L’affaire est devenue virale, relayée par la presse internationale, étudiée par les diplomaties occidentales, observée par les instances aéronautiques mondiales. Il n’y aura pas de sortie discrète, pas de solution dans l’ombre.

L’État malgache doit cesser de mentir. Il ne s’agit plus de sauver des carrières ou des images, mais de sauver ce qu’il reste de l’intégrité d’une nation. Si justice et transparence existent encore dans ce pays, alors l’heure est venue de remonter jusqu’aux cerveaux de cette magouille — et non de sacrifier les pions.

 

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