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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Antananarivo : le téléphérique qui coûte plus qu’il ne rapporte

La gazette de la grande île
29/08/20253 minute read

Le téléphérique d’Antananarivo se transforme de plus en plus en fardeau économique et social pour Madagascar. Alors que le pays a dû s’endetter à hauteur de plus de 780 milliards d’ariary pour financer ce projet, les critiques se multiplient sur son utilité réelle et son impact sur une population dont plus de 80 % vit sous le seuil de pauvreté.

Selon une note récente de la plateforme d’opposition Firaisankina, adressée à Andry Rajoelina en sa qualité de président en exercice de la SADC, le téléphérique consommerait entre 100 et 150 litres de gasoil par heure via ses groupes électrogènes, soit jusqu’à 1 800 litres par jour. Si l’exploitation devait durer 12 heures quotidiennes, la facture énergétique grimperait à 162 000 euros par mois, sans compter les 720 tonnes de CO₂ générées chaque mois.
Un paradoxe flagrant pour un projet initialement présenté comme un transport « durable ».

Pour l’opposition, le choix du gouvernement est révélateur d’une gestion déconnectée des réalités sociales. Les coûts mensuels d’exploitation du téléphérique équivaudraient au salaire de 1 200 enseignants du primaire ou à 1,5 million de repas scolaires. Dans un pays où la majorité des familles peine à assurer un repas par jour, le contraste est saisissant.

Autre critique : l’inaccessibilité du service. Le téléphérique fonctionne actuellement à raison de quatre heures par jour seulement, une offre dérisoire face aux besoins quotidiens de mobilité dans la capitale. Destiné en priorité aux zones urbaines, il reste hors de portée des masses populaires qui constituent pourtant la frange la plus affectée par les problèmes de transport. Résultat : loin d’être une solution, l’infrastructure devient pour ses détracteurs un « symbole d’inutilité coûteuse ».

L’opposition exige désormais la publication des coûts réels, un audit indépendant ainsi qu’une transition vers des énergies renouvelables pour réduire l’empreinte écologique du projet. Elle rappelle que ce téléphérique, financé à travers un lourd endettement de l’État, aggrave le fardeau financier de Madagascar sans répondre aux priorités urgentes que sont l’éducation, la santé, la sécurité alimentaire et l’accès aux services de base.

À l’heure où les ménages malgaches affrontent une inflation galopante et un pouvoir d’achat en chute libre, le téléphérique d’Antananarivo apparaît moins comme un signe de modernité que comme une vitrine très coûteuse, réservée à une minorité et alimentant un sentiment d’injustice sociale. La question demeure : à qui profite réellement cette « modernité » financée par la dette, sinon à creuser un peu plus le gouffre de la pauvreté ?

 

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