Madagascar traverse une période critique, marquée par une aggravation de la pauvreté, une malnutrition infantile alarmante et des choix budgétaires totalement déconnectés de la réalité.
Selon Save the Children, 558 000 enfants de moins de cinq ans pourraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril 2026, dont 155 000 sous une forme sévère. Ce chiffre dramatique résulte d’une combinaison de sécheresses, de cyclones, d’invasions de ravageurs, de flambée des prix alimentaires et des limites du système de santé. L’ONG insiste sur l’urgence d’améliorer l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé pour éviter une catastrophe humanitaire.
Parallèlement, la situation économique reste préoccupante. L’ancien président Marc Ravalomanana rappelle que plus d’un milliard de dollars de prêts du FMI ont été octroyés depuis 2019, sans que la population en ait vu les bénéfices. Le PIB par habitant est passé de 812 dollars en 1960 à seulement 456 dollars en 2024, tandis que plus de 80 % des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté. L’ex-chef d’État dénonce une gestion opaque des fonds publics, citant les pertes chroniques de la Jirama et des contrats énergétiques douteux. Il appelle à des audits indépendants et à la conditionnalité stricte des financements du FMI.
Dans ce contexte, certains choix politiques font débat. Andry Rajoelina a annoncé la construction d’une trentaine de villas pour les joueurs et le staff des Barea, un projet présenté comme une récompense nationale. En parallèle, l’État finance aussi la mise aux normes du Stade Barea avec l’extension des gradins et l’amélioration des accès d’urgence. Ces décisions contrastent avec la réalité quotidienne de millions de Malgaches confrontés à l’insécurité alimentaire et à l’accès limité à l’eau potable.
La crise de l’eau à Antananarivo illustre bien ce décalage : de plus en plus de ménages recourent à des prestataires privés pour se faire livrer de l’eau, malgré un coût élevé. Ces fournisseurs assurent de la potabilité de l’eau grâce à des contrôles bactériologiques, mais l’inégalité d’accès s’accentue.
À cela s’ajoutent des projets d’infrastructures controversés. Le téléphérique, présenté comme un symbole de modernité, continue de mobiliser d’importantes ressources sans générer de retour économique. Son exploitation pèse sur les finances publiques. De même, une route de 8 km, qualifiée d’« autoroute », mais qui ne mène nulle part, illustre pour beaucoup la mauvaise hiérarchisation des priorités.
Enfin, le déficit budgétaire observé au premier semestre 2025 confirme la fragilité financière de l’État, qui dépense plus qu’il ne collecte.
Entre urgences sociales et investissements déconnectés, Madagascar se retrouve face à une question capitale : comment concilier prestige politique et lutte contre la pauvreté ? Tant que les priorités ne seront pas réorientées vers la sécurité alimentaire, l’eau potable, la santé et l’emploi, les indicateurs de pauvreté risquent de s’aggraver encore.






