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Le Journal de l'île Rouge
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Madagascar – 25 septembre : le délestage n’est que l’étincelle, le vrai problème c’est Rajoelina et son système

La gazette de la grande île
24/09/20255 minute read

La manifestation prévue ce 25 septembre 2025 s’annonce comme l’une des plus importantes de ces dernières années. Officiellement, la colère populaire explose face aux délestages devenus insupportables — parfois plus de 8 heures de coupure par jour — et à l’absence d’eau potable. Mais en réalité, ce ne sont que les étincelles qui allument un brasier de rancune bien plus profond.

Depuis 2009, date du coup d’État qui a porté Andry Rajoelina au pouvoir, Madagascar n’a cessé de s’enfoncer dans le gouffre. Seize ans plus tard, le bilan est lourd : appauvrissement massif, corruption généralisée, autoritarisme, répression de la presse, dépenses somptuaires de l’argent public et un fossé qui se creuse chaque jour entre une élite proche du pouvoir et une population laissée à la misère.

Délestages et eau : le symptôme d’un État défaillant

La JIRAMA, compagnie nationale d’eau et d’électricité, symbolise l’échec. Factures qui augmentent chaque mois, sanctions contre les usagers qui ne paient pas… mais en échange, délestages incessants, carburants manquants pour les centrales thermiques, réseaux vétustes, absence d’investissements durables.

Pour beaucoup, payer devient une double peine : payer plus cher pour un service inexistant. Et à cela s’ajoute la soif. Dans plusieurs quartiers de la capitale comme dans les provinces, l’eau potable ne coule plus, poussant les familles à acheter de l’eau de citerne à prix fort.

Le vrai problème : la gouvernance Rajoelina

Une corruption institutionnalisée

La corruption gangrène toutes les strates de l’État. Transparency International classe Madagascar avec un score de 26/100 en 2024, parmi les pays les plus corrompus de la planète. Les juges, les policiers, les fonctionnaires, tous cités comme dépendants des pots-de-vin. Rajoelina lui-même a choqué l’opinion en déclarant vouloir « payer les juges pour qu’ils n’acceptent pas de pots-de-vin », une manière d’officialiser une justice achetée.

Des proches enrichis à vue d’œil

Pendant que la majorité survit avec moins de 3 dollars par jour, une poignée de proches du régime s’enrichit de manière fulgurante. Citons Andry Ratsivahiny, Hery Rasoamaromaka, Lalatiana Andriatongarivo, Ravalomanana Richard, Naivo Raholdina, Rinah Rakotomanga, Harilala Ramanantsoa, Augustin Andriamananoro : tous accusés d’avoir profité de leur proximité avec Rajoelina pour devenir multimillionnaires, voire milliardaires.

Les forces de l’ordre : du patriotisme à la répression payée

Les forces de l’ordre, censées protéger la population, sont devenues les instruments de répression du régime. Montées en grade ou récompensées financièrement, certaines figures comme Ravalomanana Richard, symbolise cette militarisation au service du pouvoir. Les hauts gradés, grassement rémunérés, protègent le régime ; en bas, les simples soldats exécutent, persécutant une population déjà affaiblie par la faim et la pauvreté.

Autoritarisme et mort de la liberté d’expression

Sous Andry Rajoelina, Madagascar est devenu le pays qui a le plus emprisonné de journalistes depuis 2009. Les cas se multiplient : reporters intimidés, rédacteurs arrêtés, procédures judiciaires instrumentalisées pour faire taire les voix critiques.

Le cas le plus emblématique reste celui de La Gazette de la Grande Île. Incapable de supporter les critiques incessantes du journal, le régime a trouvé un subterfuge : attaquer directement son PDG sous un faux prétexte judiciaire, l’envoyer en prison, puis utiliser ce coup monté pour contraindre indirectement le journal à fermer. Un signal clair envoyé à toute la presse : toute critique du pouvoir sera sanctionnée.

Dans un pays où l’information indépendante s’amenuise, où les réseaux sociaux deviennent le dernier espace de contestation, l’autoritarisme se renforce chaque jour. Reporter sans frontières classe régulièrement Madagascar parmi les pires élèves d’Afrique en matière de liberté de la presse.

Chiffres récents : un pays en chute libre

Malnutrition : plus de 558 000 enfants de moins de cinq ans menacés par la malnutrition aiguë d’ici 2026 (hausse de 54 % en un an).

Pauvreté : plus de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté international.

Insécurité alimentaire : environ 1,14 million de personnes en grande famine dans le Sud, selon l’ONU.

Budget de l’État : des dépenses publiques qui dépassent les recettes, en grande partie absorbées par des projets de prestige (« werawera »), pendant que les services de base s’effondrent.

Un régime qui divertit pour mieux détourner

DJ avant d’être président, Andry Rajoelina maîtrise l’art de la distraction. Pendant que les Malagasy s’enfoncent dans la faim, l’obscurité et la pauvreté, le régime multiplie les projets spectaculaires : fêtes, inaugurations, stades, écrans géants, concerts. Tout pour détourner l’attention, rien pour sortir la population de sa misère.

La mèche et le baril

Le 25 septembre n’est pas une simple manifestation contre les délestages. C’est l’expression d’une exaspération générale face à un système de gouvernance basé sur la corruption, l’injustice, l’autoritarisme et la pauvreté organisée.

Les délestages ne sont que la mèche. Le baril, c’est seize années d’un régime qui a affaibli son peuple, écrasé ses libertés, bâillonné sa presse et enrichi une élite vorace.

Et cette fois-ci, la colère pourrait bien être plus difficile à éteindre.

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