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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Redresser les finances publiques malgaches gangrenées par la corruption : quelles solutions ?

La gazette de la grande île
06/10/20254 minute read

Madagascar est rongé par la corruption systémique, le détournement des biens publics et l’enrichissement illicite de ses dirigeants. Les conséquences sont visibles : services sociaux en ruine, dette publique écrasante, infrastructures inexistantes et citoyens résignés. Mais l’histoire démontre qu’aucune fatalité n’existe : le redressement est possible, à condition d’agir avec courage et constance.

La dette publique illustre la faillite du système et étrangle le pays qui se meurt. En 2024, la dette malgache a atteint 34 060,5 milliards d’ariary (43 % du PIB), en hausse de 24,8 % par rapport à 2023. Plus de 29 000 milliards d’ariary sont des dettes extérieures, renforçant la dépendance de l’État aux créanciers étrangers. Pendant que le pays s’endette pour payer intérêts et remboursements, les hôpitaux manquent de médicaments, les écoles s’effondrent et les infrastructures pourrissent.

Le potentiel minier pourrait représenter jusqu’à 14 % du PIB d’ici à 2025. Mais le peuple n’en voit rien et ce secteur est déjà confisqué. Le nouveau code minier adopté en 2023 devait pourtant augmenter les redevances de 2 % à 5 %. Mais dans la réalité, opacité, corruption et captation des bénéfices empêchent toute redistribution. Les villages proches des sites miniers restent dans la misère, tandis que les compagnies étrangères prospèrent.

Pendant que le peuple meurt de faim, le chef de l’État et son clan amassent villas, comptes à l’étranger et privilèges et l’accumulation de richesses personnelles ne cesse de prendre de l’ampleur. L’indice de perception de la corruption place Madagascar au 145ᵉ rang sur 180 pays (score 25/100). Une preuve accablante d’un régime qui s’enrichit personnellement pendant que 80 % de ses citoyens survivent dans la pauvreté.

Les mesures à prendre sont urgentes pour stopper cette hémorragie mortelle pour tout un pays. La première étape consiste à fermer les vannes de la fuite financière comme le gel des dépenses non essentielles, un audit externe d’urgence des comptes de l’État, la numérisation immédiate des paiements (salaires, allocations), pour éviter les intermédiaires corrupteurs et la publication régulière des flux budgétaires, afin que chaque citoyen puisse contrôler l’usage des fonds. Ces mesures simples créent un signal fort : l’argent public n’est plus un butin, mais un bien commun.

Le redressement financier ne peut ignorer les milliards détournés au profit de quelques-uns. La solution passe par la traque et le rapatriement des avoirs illicites, via la coopération avec les banques internationales et les organismes de lutte contre le blanchiment. Les biens mal acquis doivent être confisqués et réinjectés dans des secteurs vitaux comme l’éducation, la santé et les infrastructures.

À moyen terme, il faut instaurer des institutions capables de résister aux pressions politiques pour réformer en profondeur la gouvernance comme la refonte et la mise en place d’une nouvelle Autorité anti-corruption indépendante, dotée de vrais pouvoirs d’enquête et de poursuite, une plateforme de marchés publics transparente et accessible à tous, un système intégré de gestion des finances publiques qui suit chaque dépense du budget jusqu’à son exécution. Sans ces garde-fous, toute réforme financière reste une illusion.

À long terme, le véritable redressement de Madagascar doit passer par une transformation culturelle et économique. Il est nécessaire d’intégrer l’éducation civique et financière dans les écoles, développer une économie diversifiée (agriculture, industrie locale, économie verte et bleue), renforcer la participation citoyenne (budgets participatifs, données publiques ouvertes), et protéger les journalistes et lanceurs d’alerte. La transparence devient, alors, non plus une contrainte imposée d’en haut, mais une pratique partagée par tous.

Enfin, la communauté internationale a un rôle à jouer. Les financements des bailleurs traditionnels ou PTFs doivent être conditionnés à des réformes mesurables par la mise en place d’outils numériques, d’audits réguliers, de sanctions contre les dirigeants corrompus. L’aide ne doit plus nourrir les clans au pouvoir, mais servir de levier pour libérer le pays de l’impasse.

Madagascar est gangrené par la corruption, mais peut se redresser s’il associe mesures d’urgence, réformes structurelles et éducation citoyenne. La transparence, la justice et la responsabilisation ne sont pas des options, mais les seules armes capables de rétablir la confiance, d’assainir les finances publiques et de remettre l’argent au service de la nation.

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