Dans un pays où la pauvreté s’est accaparée terrain social malagasy et où chaque Ariary destiné au social compte, la transparence dans la gestion des fonds publics et des partenariats internationaux devrait être une exigence non négociable. Pourtant, le cas de l’Association Fitia, présidée par la Première Dame, soulève depuis plusieurs années un débat houleux. Où vont réellement les fonds reçus, notamment ceux provenant de partenaires internationaux comme le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population) ?
Comme un partenariat sans chiffres, en 2022, le FNUAP et l’Association Fitia ont signé un mémorandum d’accord pour la lutte contre les violences basées sur le genre « VBG ». L’annonce fut grandiose, relayée sur les plateformes officielles et dans les médias proches du pouvoir. Mais depuis, aucun montant n’a été communiqué publiquement. Aucun rapport n’indique combien de dollars ou d’ariary ont été réellement transférés à Fitia, ni comment ces fonds ont été utilisés sur le terrain. Cette absence de transparence contraste avec les pratiques de l’ONU elle-même, qui exige normalement la publication des budgets et des bénéficiaires de ses projets.
L’opacité de « l’association présidentielle » Fitia, fondée et dirigée par la Mialy Rajoelina, se présentant comme une organisation humanitaire œuvrant pour les femmes et les enfants défavorisés est flagrante. En théorie, ses actions devraient être dissociées des affaires politiques. En pratique, beaucoup y voient une extension du pouvoir exécutif, utilisée comme vitrine humanitaire et instrument de communication du couple présidentiel. Des observateurs parlent d’un « soft power » politique, où les dons et aides sont distribués à travers une structure privée, mais financée en partie par des fonds publics ou internationaux, sans obligation de reddition des comptes au Parlement ni à la Cour des Comptes.
Cette manne est gérée dans le silence. La question n’est pas de nier l’existence d’actions humanitaires réelles, certaines activités de Fitia ont effectivement touché des zones enclavées. Mais l’absence de publication d’audit financier, de rapport d’exécution, ou même de budget prévisionnel crée une zone grise inquiétante.

Dans un État moderne, toute structure bénéficiant de financements publics ou de partenariats avec les Nations Unies devrait rendre des comptes. Pourquoi Fitia échappe-t-elle à cette règle élémentaire de gouvernance ? Pourquoi le FNUAP ne publie-t-il pas les montants transférés à cette entité ? Et surtout, pourquoi les institutions nationales de contrôle restent-elles muettes ?
Les citoyens et l’organisation de la société civile exigent le devoir de transparence. L’aide internationale ne doit jamais devenir une boîte noire pour financer des structures proches du pouvoir. Les fonds destinés à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants doivent aller directement aux bénéficiaires, pas à des réseaux de prestige. Madagascar a besoin d’associations fortes, indépendantes, transparentes et auditées.
La Première Dame, si elle veut être exemplaire, devrait publier volontairement les rapports financiers de Fitia, prouver la traçabilité des fonds reçus, et montrer que chaque centime sert réellement les femmes et les enfants qu’elle prétend défendre.
Le mouvement Gen-Z incarne aussi et surtout une nouvelle ère de responsabilité publique. Dans un pays fragilisé par la corruption systémique et la défiance citoyenne, la transparence n’est pas un luxe. C’est une urgence démocratique. Les institutions partenaires, comme le FNUAP, ont aussi une responsabilité morale : exiger la publication des montants, des bénéficiaires et des résultats réels de tout projet financé. Car l’opacité est la première ennemie du développement et le silence, le meilleur allié de ceux qui en profitent.






