Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Politique

Gallieni – Divide et Impera : La colonisation a changé de nom, pas de méthode !

La gazette de la grande île
09/10/20255 minute read

À la fin du XIXᵉ siècle, le général Joseph Gallieni posa sur Madagascar un regard de conquérant. Derrière la façade civilisatrice, sa mission était simple : soumettre. Pour cela, il adopta une méthode vieille comme les empires, « DIVIDE et IMPERA » (diviser pour régner). Il n’a pas seulement conquis Madagascar, il l’a désossée de l’intérieur. Sous les drapeaux tricolores, il installa une machine froide et méthodique. Il savait qu’un peuple uni est une force, mais qu’un peuple fragmenté devient un troupeau. La colonisation française ne fut pas seulement militaire, elle fut psychologique, politique et sociale. Gallieni n’a pas simplement abattu un royaume : il a brisé la possibilité d’une nation consciente d’elle-même. Ainsi naquirent les chefferies artificielles, les antagonismes ethniques ravivés, les hiérarchies raciales justifiées. Il sépara les Hautes Terres des Côtes, les Merina des Sakalava, les Betsimisaraka des Bara, et fit croire à chacun que l’autre était l’ennemi. Pendant que le peuple s’épuisait à se méfier de lui-même, la France étendait son autorité sans résistance collective. Gallieni n’a pas seulement pacifié Madagascar, il a reprogrammé son âme politique. La monarchie renversée, les patriotes exécutés, l’unité nationale brisée, c’était la victoire invisible de la colonisation, celle des esprits divisés.

Un siècle plus tard, Andry Rajoelina, enfant du “peuple orange”, semble avoir été bercé par les récits sur Gallieni depuis son enfance. Sous les couleurs criardes du nationalisme, il a reproduit la même matrice coloniale. Il ne gouverne plus, il orchestre. Il manipule les contradictions ethniques, attise les clivages sociaux et cultive la peur comme Gallieni cultivait la soumission. Il oppose les pauvres aux plus pauvres, les patriotes aux “vendus”, les jeunes contre les anciens, les provinces contre la capitale. Son discours est nationaliste, mais sa pratique est coloniale. Il ne libère pas le peuple, il le dresse l’un contre l’autre pour mieux régner sur le chaos. Ses médias deviennent les nouvelles casernes, la faim son nouveau fouet, sa propagande le nouvel évangile. Sous Gallieni, les résistants étaient exécutés. Sous Rajoelina, ils sont ruinés, exilés, bâillonnés. L’arme n’est plus la baïonnette, mais la manipulation systématique de la misère et de la peur.

Plus d’un siècle a passé. Les chaînes ont changé de forme, mais pas de fonction. Sous le vernis de la modernité, la colonisation s’est recyclée, on n’a plus besoin d’un général français quand on a un président français qui agit comme tel. La colonisation n’a pas disparu, elle a changé d’adresse. Elle ne vient plus de Paris, mais d’Ambohitsorohitra. Elle ne parle plus français, mais malagasy en façade, avec l’accent d’un pouvoir dévoué à ses sponsors étrangers. Et comme Gallieni, son « héritier spirituel » prêche l’ordre tout en semant la discorde. Il proclame la souveraineté nationale, mais il la vend à la découpe. Son idole imposait des impôts injustes, Rajoelina, lui, impose la survie injuste. Gallieni confisquait la terre, Rajoelina confisque l’avenir. Gallieni disait “pacifier”, Rajoelina dit “stabiliser”, et derrière les deux mots, la même obsession : contrôler.

Gallieni avait ses officiers, zélés et convaincus de servir une “mission civilisatrice”. Rajoelina a ses hommes, des « collabos », persuadés de sauver une “nation orange”. Même ferveur, même soumission à l’ordre du plus fort. Autour du chef, les mêmes visages : ceux qui obéissent sans questionner, exécutent sans conscience, justifient sans honte. Ils ne portent plus l’uniforme colonial, mais les costumes du pouvoir. Ils ne parlent plus au nom de la France, mais au nom d’une République vidée de son âme. Leurs armes ne sont plus des fusils, mais des contrats, des mensonges et des privilèges. Leur champ de bataille, c’est le peuple même qu’ils prétendent protéger. Et leur victoire n’est pas la liberté, mais la pérennisation d’un système où le maître change, mais la servitude demeure.

Ainsi, Gallieni n’est pas mort. Il s’est réincarné. Il a trouvé un nouveau corps, un nouveau verbe, un nouveau sourire. Il a troqué son uniforme contre un costume orange. Car au fond, AndryRajoelina semble possédé par l’esprit de Gallieni : le même génie machiavélique et paranoïaque de la division, le même goût du pouvoir absolu et la même conviction que pour régner sur Madagascar, il suffit d’empêcher les Malagasy de se réveiller.

Et pendant que les patriotes d’aujourd’hui s’époumonent dans la rue, le petit « Joseph Simon » a tenu sa grande messe hier, son « Reichsparteitage » d’Iavoloha. Tel le rassemblement de Nuremberg, Andry Rajoelina a voulu démontrer, une fois de plus, sa mécanique de la dictature : la peur, la propagande et la promesse creuse (encore et toujours) d’un avenir “modernisé”. L’histoire ne se répète pas, elle se prolonge, sous d’autres uniformes.

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top