Le communiqué daté de ce jour du Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Homme, Volker Türk, sonne comme une nouvelle alarme diplomatique adressée à Madagascar, après celui de Paris. En appelant les forces de sécurité à « s’abstenir de tout recours inutile à la force » et à « respecter les droits à la liberté d’association et de réunion pacifique », l’ONU envoie un message clair que la communauté internationale observe de très près la répression des manifestations, particulièrement, à Antananarivo.
Derrière les formules mesurées, le ton du communiqué trahit une inquiétude croissante et un langage diplomatique lourd de sens. Le Haut-Commissaire ne se contente plus d’appeler au calme. Il renouvelle son appel, signe que les précédentes exhortations sont-elle restées lettre morte ? Dans le langage onusien, cette répétition est une mise en garde voilée à Andry Rajoelina et ses sbires, lui rappelant ses obligations internationales en matière de droits humains. L’ONU, prudente mais constante, souligne implicitement que la répression actuelle contre les manifestants, souvent jeunes et désarmés, pourrait franchir le seuil de la légalité internationale. En creux, le message adressé à la clique d’Ambotsirohitra et Iavoloha est limpide. Chaque arrestation arbitraire, chaque usage disproportionné de la force, pourrait un jour faire l’objet d’un rapport, d’une enquête, voire de sanctions ciblées.
L’Organisation des Nations Unies, par l’entremise du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), dispose de plusieurs leviers d’action. Dans un premier temps, elle peut mandater une mission d’observation ou publier un rapport spécial documentant les violations commises par les forces de l’ordre. Ces rapports, s’ils sont corroborés, servent souvent de base à des résolutions du Conseil des droits de l’homme ou à des demandes d’enquête internationale indépendante. En cas de persistance de la répression, le dossier malgache pourrait être transmis au Conseil de sécurité, qui peut, dans des cas graves, imposer des sanctions ciblées : interdiction de voyage, gel d’avoir à l’étranger ou inscription sur les listes des personnes poursuivies pour crimes contre les droits humains.
L’ONU peut également recommander à la Cour pénale internationale d’examiner les faits. Bien que Madagascar n’ait pas été souvent au centre des affaires de la CPI, l’implication de hauts responsables dans des actes de répression systématique pourrait changer la donne. Les donneurs d’ordre, qu’ils soient civils ou militaires, pourraient être cités nommément dans des rapports onusiens. L’ONU peut alors demander leur exclusion de toute coopération internationale, notamment en matière d’aide, de défense ou de financement de projets. Les exécutants, eux, risquent de se retrouver isolés, voire exposés à des poursuites si des victimes ou ONG internationales déposent des plaintes.
Sous le régime du « zaza maditra » de la France, Madagascar a déjà reçu plusieurs communiqués similaires de la part de l’ONU, notamment du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme et parfois du Secrétaire général des Nations Unies lui-même, surtout lors de périodes de crise politique ou de répression. En 2009, Crise post-coup d’État d’Andry Rajoelina. Lors du renversement de Marc Ravalomanana, l’ONU, par la voix du Haut-Commissaire Navi Pillay, avait condamné « les violences contre les civils » et demandé aux forces de sécurité de respecter les droits fondamentaux des manifestants. À l’époque, plusieurs dizaines de personnes avaient été tuées lors des manifestations du 7 février 2009 à Antananarivo. Le HCDH avait même demandé une enquête indépendante sur les responsabilités dans les tirs sur la foule devant le Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra. En 2018, Répression des manifestations de l’opposition. Sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, les Nations Unies avaient publiquement appelé au respect du droit à la manifestation pacifique, après que des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants avaient fait plusieurs morts à Analakely. Le communiqué de l’ONU (relayé par VOA et France24) insistait déjà sur la nécessité de protéger la liberté d’expression et de réunion dans le cadre d’une transition politique. En 2023, période électorale sous Andry Rajoelina (second mandat). Le Haut-Commissaire Volker Türk, le même que celui d’aujourd’hui, avait exprimé sa préoccupation face à la « violence excessive contre des manifestants » et à la restriction des libertés publiques à la veille de l’élection présidentielle. Le communiqué mentionnait explicitement l’usage de gaz lacrymogènes et d’arrestations arbitraires, notamment contre des figures de l’opposition. L’ONU appelait déjà à garantir des élections libres, pacifiques et inclusives.
Ce communiqué n’est pas anodin. Il marque un tournant dans le rapport entre la communauté internationale et le régime malgache. La puissance économique du clan Rajoelina, souvent alimentée par les réseaux d’affaires des oligarques malgaches, peut-elle suffire à neutraliser ces avertissements diplomatiques ? L’histoire récente montre que l’argent achète le silence un temps, mais jamais l’oubli. Lorsque les violations deviennent visibles, documentées et relayées, même les alliés les plus fidèles finissent par se détourner.
Madagascar entre ainsi dans une zone de turbulence où la diplomatie onusienne, jusque-là discrète, semble prête à hausser le ton. Et si la répression continue, les murs feutrés des Nations Unies pourraient bientôt résonner du nom de ceux qui, au sommet de l’État, auront préféré la matraque au dialogue.







