Notre histoire bégaie. Depuis des décennies, les dictateurs se succèdent, les crises se répètent, les morts s’accumulent, et le peuple reste toujours le grand oublié. 1991, 2002, 2009… et aujourd’hui encore : les mêmes crimes, les mêmes visages, les mêmes discours. Et, à chaque fois, un seul mot pointe son nez pour enterrer la vérité : “fifampihavanam-pirenena”, la réconciliation nationale. Un mot noble, vidé de son sens. Car ici, la réconciliation est devenue l’alibi des bourreaux. Elle sert à laver les consciences sales, à blanchir les mains rouges de sang. On l’invoque pour tourner la page sans jamais avoir lu la vérité. Et le peuple, lui, n’a droit qu’à l’oubli.
Les “fifampihavanam-pirenena” ne sont plus des symboles d’unité, mais des paravents politiques. Derrière eux se cachent des criminels en col blanc, des donneurs d’ordre en costume, des profiteurs de la misère nationale. Ils appellent cela la paix ; en réalité, c’est la paix du mensonge et de la peur. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand un peuple entier acceptera-t-il que la justice soit toujours sélective ? Jusqu’à quand tolérera-t-il que les bourreaux vivent en liberté pendant que les victimes reposent sans justice ? La réconciliation sans vérité n’est qu’un marché de dupes. Et le pardon sans justice n’est qu’une trahison nationale.
Madagascar n’a plus besoin de sermons politiques. Madagascar a besoin d’un système qui empêche la récidive. Un État qui distribue le pouvoir, au lieu de le concentrer. Un pays où chaque région, chaque peuple, chaque territoire puisse se gouverner selon ses réalités. Oui, il faut parler de fédéralisme, de vraie décentralisation, de rupture avec le pouvoir monarchique d’Antananarivo. Car il vaut mieux une Constitution claire de trente articles compris du peuple, qu’un texte épais, piégé et rédigé par les “oranginas” du pouvoir, dont la mission est d’endormir les consciences et de confisquer la souveraineté populaire.
Au Palais, les maîtres de la mise en scène excellent dans la fourberie à la Scapin. Ils mentent, jurent, trahissent, puis demandent qu’on les croie encore. Chaque crise devient une comédie où les acteurs changent, mais le scénario reste le même : manipuler, tromper, promettre et recommencer. Le peuple malagasy n’est plus le spectateur, il est la victime de la farce. Et tant qu’il ne quittera pas la salle, les Scapin du pouvoir continueront de jouer la pièce de leur impunité.





