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Le Journal de l'île Rouge
Société

Madagascar : et si l’on en finissait avec le “fotoan-gasy” ?

La gazette de la grande île
11/10/20253 minute read

La Suisse, ce petit pays enclavé au cœur de l’Europe, fascine depuis toujours par sa stabilité politique, sa prospérité économique et sa gouvernance exemplaire. Pourtant, tout n’est pas le fruit du hasard : c’est le produit d’une Constitution solide, claire et adaptée à la réalité de son peuple, profondément ancrée dans la culture du dialogue, de la responsabilité et du travail bien fait. Le “modèle suisse” reflète la stabilité, la rigueur et l’efficacité. Pendant ce temps, à l’inverse, Madagascar patauge depuis des décennies dans des textes constitutionnels copiés-collés, écrits pour plaire à des bailleurs ou pour servir les ambitions d’un homme et de son clan. La loi fondamentale, au lieu d’être le reflet de la société malgache et de ses valeurs communautaires, est devenue un instrument de pouvoir. Le peuple, censé être souverain, ne l’est que sur le papier. Nous restons englués dans une transition permanente où chaque nouvelle Constitution ressemble à une promesse électorale vite oubliée. Pourtant, la Suisse, ce petit pays neutre sans richesses naturelles, a bâti sa prospérité sur un texte fondamental clair, cohérent et respecté : une boussole, pas un jouet politique.

La Constitution suisse repose sur trois piliers qui pourraient inspirer notre renaissance. Une démocratie directe, où chaque citoyen peut s’exprimer par référendum ou initiative populaire. Chaque canton est un moteur autonome, chaque citoyen peut contester une loi, et le pouvoir se gagne par la confiance, non par la peur. À Madagascar, cela redonnerait un vrai poids à la voix du peuple, au-delà des urnes manipulées et des promesses non tenues. Notre centralisation étouffe les initiatives locales, et l’impunité institutionnalisée nourrit la résignation. Un fédéralisme équilibré, garantissant une réelle autonomie des cantons. Ce modèle pourrait corriger notre centralisation excessive et permettre aux régions de se développer selon leurs propres ressources et priorités. Une neutralité et une transparence, valeurs cardinales de la politique suisse, qui imposent à tout dirigeant de se mettre au service du bien commun, et non d’un réseau d’intérêts privés ou étrangers.

Chez nous, les Constitutions changent au gré des humeurs des présidents et des rapports de force. On modifie, on ajuste, on recopie, sans jamais toucher le fond du problème, celui de l’absence d’un véritable contrat social malgache. Repenser notre Constitution sur le modèle suisse ne serait pas une imitation servile, mais une réhabilitation du bon sens afin de redonner à la base la force de construire, d’exiger la transparence du sommet et de replacer la discipline et la responsabilité au centre de la vie publique. Parce qu’il faut bien l’admettre que notre vrai drame national, ce n’est pas la pauvreté, ni même la corruption, c’est notre tolérance au désordre, notre confort dans la lenteur, notre fierté mal placée de “prendre le temps” au pays du « mora-mora ».

Il est temps de remettre les pendules à l’heure, et de cesser de se cacher derrière le “fotoan-gasy”. Le monde avance à l’heure universelle et Madagascar ne peut plus rester en retard sur lui-même. Mais une question demeure : est-ce que ce changement profond plairait à nos bailleurs traditionnels, longtemps bercés par des rapports falsifiés et rassurés par un désordre rentable, leur permettant encore et toujours de nous endetter au gré des années ?

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