Au lendemain de la fuite précipitée d’une partie de dirigeants mafieux qui ont saigné le pays jusqu’à la moelle, Madagascar se réveille groggy, entre soulagement et vertige. Soulagement de voir une page se tourner, mais vertige d’un gouffre économique menaçant. Les caisses de l’État sont exsangues, les circuits financiers fragilisés, et les institutions, depuis trop longtemps otages d’intérêts privés, doivent désormais reprendre leur rôle souverain. Le moment est critique. Soit le pays se ressaisit immédiatement, soit il sombre dans le chaos économique et social.
La première urgence est tout d’abord la reprise du contrôle des leviers vitaux. C’est la sécurisation des institutions financières et énergétiques. La Banque Centrale doit être protégée, ses coffres, ses réserves et son système de paiement mis sous haute surveillance. Aucun ordre de virement suspect, aucun transfert de capitaux ne doit quitter le territoire sans contrôle rigoureux. De même, les infrastructures stratégiques, JIRAMA, télécoms, ports et aéroports, doivent passer sous la responsabilité directe d’une cellule de crise nationale. C’est la colonne vertébrale du pays : sans électricité, sans communication, sans carburant, tout s’arrête.
La seconde urgence est de rassurer la population afin d’éviter la panique. Dans les crises, le silence est un poison. Un communiqué officiel, simple, ferme, signé d’un gouvernement (transitoire ou d’un comité de salut public ?), doit rassurer la population sur trois points : les salaires des fonctionnaires seront payés, les retraits bancaires resteront possibles et les prix des produits de première nécessité seront surveillés et stabilisés. Car dès que la rumeur prend le dessus, la peur alimente la spéculation, l’inflation et les pillages. Le chaos économique naît d’abord dans les têtes avant de s’étendre aux marchés.
L’heure n’est plus aux calculs partisans, mais à l’appel des forces vives pour l’union nationale. Les syndicats, les églises, les chambres de commerce, les universités et les ONG doivent siéger autour d’une même table, créer un comité de continuité nationale. Son rôle est de garantir que l’administration, la santé, la sécurité et l’éducation continuent de fonctionner, même au ralenti. Ce comité doit désigner un collège transitoire qui travaillera main dans la main avec toutes les institutions et les forces armées pour éviter le vide institutionnel.
La justice doit s’activer sans attendre pour bloquer la fuite des capitaux et des biens publics. Le gel immédiat des avoirs, la suspension des transactions foncières suspectes, l’inventaire des biens publics spoliés, et l’appel à la coopération internationale pour la traque des fonds dissimulés à l’étranger sont les priorités. Chaque devise récupérée est un morceau de souveraineté retrouvé.
Pendant que la tempête politique se dissipe, il faut maintenir les flux essentiels tels les carburants, les denrées alimentaires, les médicaments, … pour maintenir le cœur économique battant. Les importateurs doivent être rassurés, les petits commerçants protégés, et les zones de production agricole sécurisées. Un dispositif de transfert monétaire d’urgence pourrait soutenir les familles les plus fragiles et éviter une flambée de misère.
Le monde regarde. Il faut donc parler d’une seule voix aux partenaires traditionnels : Union africaine, Banque mondiale, FMI, Union européenne, Chine, États-Unis. Le message doit être clair : Madagascar reste debout, gère sa transition dans l’ordre, et garantit la continuité de ses engagements internationaux. La confiance se gagne d’abord par la discipline, la transparence et la stabilité.
Notre histoire est jalonnée de crises qui se terminent en compromissions. Nous n’avons jamais appris à ne pas répéter les erreurs du passé. Cette fois, il faut rompre la spirale. Plus de “fifampihavanam-pirenena” pour effacer les crimes économiques. Plus de deals sous la table pour racheter le silence des corrompus. La reconstruction passera par la vérité, la reddition de comptes et la rigueur institutionnelle.
L’après-mafia ne se construira pas dans le tumulte, mais dans la discipline collective. Le pays doit verrouiller ses fondations avant d’espérer se redresser. Car, à défaut de le faire aujourd’hui, Madagascar risquerait demain de découvrir que la vraie faillite n’est pas celle du Trésor public… mais celle de la conscience nationale.





