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Le Journal de l'île Rouge
Edito

Si l’impunité m’était contée – Purger les rats : la République ne doit plus être un fromage

La gazette de la grande île
14/10/20255 minute read

Nous en avons assez. Assez de voir notre pays pillé, morceau par morceau, par une armée de rats en costume et cravate. Ces rats-là ne se cachent plus : ils signent, tamponnent, ordonnent, exigent des commissions, rançonnent les entrepreneurs, vendent les terrains publics et jouent aux patriotes devant les caméras. Mais la vérité est là, nue et sans détours : un seul homme ne peut pas dilapider un pays tout entier. Notre décadence économique ne vient pas d’un individu, mais d’un système de complicité généralisée, où chaque maillon de la chaîne administrative s’est transformé en « parasite ».

Tout commence dans les couloirs gris des ministères, là où le “petit chef” se croit tout-puissant. Des “chefs de service” aux “conseillers du palais”, c’est la pyramide de la honte. C’est lui qui bloque un dossier tant qu’on ne glisse pas l’enveloppe. C’est lui qui détourne une aide destinée à une école pour la transformer en prime personnelle. C’est lui qui, avec l’arrogance du fonctionnaire protégé, méprise les citoyens qu’il devrait servir. Et plus on monte, plus les montants grossissent, plus les combines deviennent sophistiquées. Au sommet, on trouve les donneurs d’ordre, les intermédiaires, les prête-noms, et ces faux conseillers du palais qui se pavanent dans les réceptions et manipulent les sceaux de la République comme s’ils détenaient le destin de la Nation dans leur poche. Ils arnaquent, spolient, terrorisent les entrepreneurs, rackettent les projets, font chanter les investisseurs, tout cela sous le regard impuissant ou complice, d’un État devenu muet.

Cette impunité est le cancer qui protège les pilleurs. Elle n’est pas un accident, c’est le système. Elle ne protège pas seulement un voleur isolé, mais toute une chaîne : le donneur d’ordre qui programme la spoliation, l’intermédiaire qui orchestre la trame, le prête-nom qui cache la propriété, le chef de service qui classe les dossiers, et le conseiller “officieux” qui menace ceux qui refusent d’obéir. Pendant que le peuple s’appauvrit, que les fonctionnaires honnêtes se taisent de peur, et que les jeunes fuient le pays, les rats prospèrent. Ils roulent en 4×4 achetés avec des marchés fictifs, vivent dans des villas payées par des commissions occultes, et s’inventent des titres ronflants, “conseiller spécial”, “envoyé du palais”, “mandataire présidentiel”, pour intimider leurs victimes. Leur crime n’est pas seulement économique, il est moral, social et républicain. Ils ont brisé la confiance du citoyen envers la Nation. Et tant qu’ils resteront impunis, Madagascar restera un pays où l’honnêteté est une faiblesse et la corruption une promotion.

Comment fonctionne-t-elle ? Par une captation institutionnelle où les postes clés sont verrouillés par des clientèles politiques, la division des responsabilités où chacun joue un petit rôle, rendant la traçabilité impossible, le masquage financier par des sociétés écrans, prête-noms, transferts off-shore, où tout est planifié ; par la complicité judiciaire où des dossiers sont classés, des procédures ralenties, des décisions achetées ; par un climat d’intimidation où ceux qui dénoncent sont menacés, mutés, ou réduits au silence, et par l’absence de volonté politique où les corrompus deviennent les protecteurs des corrompus, la justice devient orpheline. Et tout cela se déroule sous le regard d’un peuple à genoux, privé d’eau, d’électricité, de soins et d’espoir.

Les temps des discours sont terminés, il faut frapper au cœur. Il faut maintenant purger le système, sans distinction de rang ni de clan. Pas par la vengeance, mais par la justice. Pas par des commissions décoratives, mais par une Unité Spéciale d’Investigation, indépendante, juridiquement blindée et dotée de vrais moyens. Cette unité devra enquêter sur tous les niveaux de l’administration, du simple service au palais ; geler les avoirs, saisir les biens mal acquis et interdire les fuites à l’étranger, protéger les lanceurs d’alerte et les journalistes d’investigation, et juger sans distinction de statut, que l’accusé soit un petit chef ou un ministre.

La République ne se reconstruira pas sur le silence et les compromis. Elle ne renaîtra que dans la lumière d’une justice rendue, enfin, au nom du peuple.

La refondation de notre Nation commencera par le grand nettoyage. Car tant que les rats continueront de festoyer dans les bureaux de l’État, aucun plan de développement, aucune aide étrangère, aucune transition politique ne pourra sauver cette Nation. Il faut purger, juger et reconstruire. Ce n’est pas un choix politique : c’est une question de survie nationale.

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