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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Après (IA), le déluge Refonder la Nation: l’heure des coalitions est arrivée

La gazette de la grande île
14/10/20254 minute read

Notre crise politique n’est pas qu’une énième péripétie dans l’histoire tourmentée de la IV ème République. C’est le point de rupture d’un système où la personnalisation du pouvoir, les trahisons politiques et les complicités étrangères ont fini par épuiser jusqu’à la dernière goutte de confiance du peuple envers ses dirigeants. L’allocution d’(IA)ndry Rajoelina, suivie de sa fuite à l’étranger à bord d’un avion militaire français, a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel déjà chargé. La scène politique malgache se retrouve orpheline d’un chef d’État, d’une légitimité, et surtout d’une direction. Mais dans ce vide institutionnel, une évidence s’impose : aucune figure isolée, aucun parti unique, aucun “sauveur providentiel” ne pourra reconstruire Madagascar.

Depuis des décennies, les crises successives ont creusé les fractures : entre riches et pauvres, entre capitale et provinces, entre partisans et exclus du système. Chaque transition a été conçue comme une revanche, chaque élection comme un règlement de comptes. Résultat : un pays fatigué, désabusé, qui ne croit plus ni aux institutions ni aux promesses. Les puissances étrangères, profitant du désordre, n’ont eu qu’à tendre la main pour manipuler les ficelles. Les exfiltrations et les silences diplomatiques qui entourent la fuite du président illustrent, une fois de plus, combien la souveraineté nationale reste fragile.

Face à cette dérive, la seule issue viable est la création d’une véritable coalition nationale, une nécessité, pas une option, une alliance transpartisane, ouverte, inclusive, ancrée dans la responsabilité et la refondation. Les partis politiques, longtemps divisés par des querelles d’égo et de subsides, doivent comprendre qu’ils n’ont plus le luxe de se combattre. Ils doivent s’unir autour d’un socle commun, la restauration de l’État de droit, la refondation institutionnelle, l’organisation d’une transition légitime et la préparation d’élections réellement transparentes. Ce n’est plus l’heure des calculs politiciens, mais celle du devoir. Une coalition large, contrôlée par un comité mixte (partis, société civile, forces morales et syndicats), doit être mise en place non pas pour partager le gâteau du pouvoir, mais pour redessiner la table sur laquelle il repose.

Refonder, c’est plus que changer de président. C’est réécrire les règles du jeu, rétablir les équilibres institutionnels, et rendre à la politique sa fonction première, celui de servir. Refonder, pas remplacer. Cette coalition doit se doter d’une feuille de route claire : Un gouvernement de transition consensuel, limité dans le temps et dans ses pouvoirs ; un forum national de refondation (économique, sociale, constitutionnelle) où chaque voix compte ; une commission indépendante pour enquêter sur les violences, les détournements et les ingérences étrangères ; une révision du cadre électoral sous contrôle citoyen et international et enfin, un engagement solennel des partis à ne plus utiliser les institutions comme instruments personnels.

Les crises malgaches ont toujours enfanté des opportunistes, rarement des visionnaires. Aujourd’hui, Madagascar est à la croisée des chemins : ou bien, elle choisit l’union nationale et la reconstruction, ou bien, elle s’abandonne encore à la loi du plus fort et au silence du peuple. La coalition n’est pas un luxe de politiciens, c’est une urgence nationale. Car si la Nation ne s’unit pas aujourd’hui pour se refonder, elle n’aura bientôt plus rien à défendre.

L’histoire retiendra peut-être que ce fut dans la fuite d’un président que Madagascar a enfin trouvé la force de se rassembler. Mais pour cela, il faut que les partis politiques aient le courage de dépasser leurs couleurs pour relever ensemble le drapeau de la Nation.

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