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Le Journal de l'île Rouge
Politique

« l’île Rouge », la nouvelle plaque tournante du trafic de drogue.

La gazette de la grande île
29/10/20256 minute read

Les faits divers s’enchaînent, les saisies s’accumulent, les routes se redessinent : Madagascar n’est plus seulement une île en détresse économique, mais aussi une plate-forme régionale du trafic de drogue dans l’Océan Indien. Des tonnes d’héroïne, de cocaïne et de drogues synthétiques transitent désormais par ses ports, ses aéroports et ses côtes, avant de gagner Maurice, les Seychelles, l’Afrique du Sud ou encore Dubaï.

L’arrestation récente d’une Tanzanienne à l’aéroport de Plaisance, avec Rs 90 millions d’héroïne dans ses bagages en provenance d’Antananarivo, n’est que la pointe visible de l’iceberg. En réalité, les routes du trafic se sont multipliées au rythme du délabrement de l’État et de la dévotion maladive d’une partie de l’appareil administratif aux réseaux politico-affairistes. Avec 5 000 kilomètres de côtes et une surveillance quasi inexistante, Madagascar est devenu un couloir de transit et offre aux cartels internationaux une aubaine logistique inégalée dans la région. Des embarcations discrètes, des vols aux transpondeurs silencieux dans le ciel malgache, sous la complicité de l’ASECNA, y déchargent leurs cargaisons sans être inquiétés. Les conteneurs portuaires et les bagages diplomatiques sont parfois utilisés pour franchir sans encombre les maigres contrôles douaniers, tandis que les aéroports régionaux servent de relais pour des “mules” recrutées dans la misère. Les ports de Toamasina, Nosy-Be et Tuléar sont devenus des points sensibles, souvent infiltrés par des réseaux bénéficiant d’appuis au sein même des institutions censées les combattre. La pauvreté endémique rend les populations vulnérables à l’argent facile du trafic. Mais le cœur du problème se situe plus haut : corruption systémique, impunité des élites et affairisme politique. Le manque de moyens des forces locales n’est qu’un prétexte : ce sont surtout les volontés politiques absentes et les complicités internes qui font du pays un sanctuaire pour le crime organisé.

Les drogues dures, principalement venues de l’Asie, arrivent par mer et vols régionaux, avant d’être stockées dans la capitale malgache et réexportées vers Maurice. Certaines cargaisons prennent ensuite la direction de l’Afrique du Sud ou du Moyen-Orient via des passeurs aériens. Ce système complexe repose sur des cellules cloisonnées, où personne ne connaît toute la chaîne, sauf ceux qui tirent les ficelles depuis les hautes sphères. Face à cette marée blanche qui submerge nos institutions et menace notre jeunesse, les solutions existent, mais elles exigent du courage, de la lucidité et surtout une volonté politique libérée des intérêts mafieux. Au niveau national : restaurer l’autorité et la transparence. La réforme des douanes et de la police impose une rotation régulière des cadres, surveillance électronique des flux, scanners modernes dans tous les ports et aéroports, et création d’une unité mixte indépendante (armée, gendarmerie, finances, justice). La tolérance zéro doit s’appliquer à tous les niveaux, du simple agent aux hauts responsables. Les fortunes injustifiées doivent être auditées publiquement et les complicités sanctionnées. Afin de renforcer la justice, les tribunaux spécialisés en crimes organisés, protection des témoins, coopération judiciaire directe avec les pays voisins doivent être mis en place. Le suivi des flux financiers doit être renforcé pour démanteler les blanchiments dans l’immobilier et les entreprises de façade et traqués par une cellule nationale anticorruption dotée de vrais pouvoirs. Au niveau régional et international, une coordination réelle est créée par la mise en place d’une plateforme de coopération régionale entre Madagascar et les pays régionaux pour le partage d’informations, la surveillance maritime et la traque des cargaisons suspectes. Afin de lutter efficacement contre la source du financement, le gel des avoirs et traque des circuits bancaires offshores liés aux réseaux opérant depuis l’Asie du Sud ou le Moyen-Orient doivent être exemplaires.

La plus grande bataille ne se joue pas uniquement dans les ports, mais aussi dans les esprits des jeunes. Il importe de sauver la jeunesse avant qu’elle ne soit totalement contaminée. Madagascar doit lancer un programme massif d’éducation préventive et de résilience face à la drogue : Éducation morale, civique et citoyenne dès l’école primaire, pour réintroduire les valeurs de responsabilité et d’honneur. La formation des enseignants, des parents leaders et des chefs communautaires sur les dangers des drogues et les stratégies de prévention est primordiale ainsi que la création d’espaces de loisirs et de créativité (danse, sport, musique, entrepreneuriat vert) pour offrir des alternatives à la tentation de la drogue et du gain facile. Car il faut le dire sans détour : la drogue dure circule déjà dans les hautes sphères et les familles aisées, où elle est devenue un marqueur de pouvoir et d’oisiveté. C’est donc à la base, dans les quartiers et les écoles, que la résistance doit naître.

Selon plusieurs observateurs, le fléau a exponentiellement explosé depuis l’accession au pouvoir du “DJ” et de son ancien compagnon sucré, dont la dernière acquisition est un endroit huppé, sous l’appellation de « Pablo », un nom révélateur. Sous leurs airs de modernité, de luxe fastidieuse et de marketing politique, ils ont laissé s’installer un système d’État perméable où les trafics prospèrent, auxquels les services du FBI et de la DEA devraient s’y intéressés un peu plus. Pendant que le peuple s’enfonce dans la misère, les privilégiés se perdent dans les vapeurs de poudre, symbole d’un pouvoir déconnecté et décomposé.

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