Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Politique

Robin des bois – PLFI 2026 : Redresser les finances publiques sans étrangler le peuple

La gazette de la grande île
03/11/20255 minute read

Alors que le Projet de Loi de Finances Initiale 2026 s’annonce comme un tournant décisif pour l’économie nationale, la question centrale demeure : comment redresser les finances publiques sans plomber davantage un pouvoir d’achat déjà exsangue ? Car, dans un pays où le revenu moyen peine à suivre la flambée du coût de la vie, toute erreur de dosage fiscal risque d’être fatale à la paix sociale.

Depuis plusieurs années, l’État malgache navigue entre déficit chronique, dépendance aux bailleurs et inefficacité des recettes domestiques. Les promesses de mobilisation interne n’ont jamais réellement porté leurs fruits, faute de courage politique et de réformes structurelles. Pourtant, il est encore possible d’éviter le naufrage, à condition d’agir autrement. Premier levier, la réforme de l’impôt sur le revenu (IRSA). Le système fiscal malgache demeure l’un des plus inéquitables de la région : il taxe lourdement les salariés moyens tandis que les gros revenus, souvent dissimulés derrière des montages opaques, échappent à toute progressivité réelle. Une refonte du barème, ciblant les tranches supérieures, permettrait non seulement d’accroître les recettes, mais aussi de restaurer un minimum de justice fiscale. Faire payer les vrais riches, pas les plus pauvres.

Chaque année, l’État a renoncé à des milliards d’Ariary en exonérations fiscales accordées à la pelle : les sociétés des Nababs du pouvoir, les zones franches, les opérateurs miniers, les grands importateurs… Le ministère des Finances lui-même reconnaît que près d’un quart de la TVA potentielle est perdu dans les failles du système. La PLFI 2026 devrait oser le nettoyage : rationaliser les exonérations, imposer la facturation électronique, et élargir l’assiette de la TVA. Ceux qui profitent du système devront enfin contribuer à l’effort collectif. Le nouveau ministre doit être la grande lessiveuse fiscale et oser redresser toutes les pertes fiscales de cette dernière décennie.

Pendant que les caisses de l’État se vident, le nickel, l’ilménite et la vanille malgache remplissent les comptes d’entreprises étrangères. Le gouvernement doit revoir les redevances minières et introduire un impôt sur les surprofits (windfall tax). Il est aberrant que Madagascar reste pauvre sur son propre or. Ce pays a tout à gagner à exiger une part juste de ses ressources naturelles, tout en garantissant transparence et redevabilité dans l’utilisation des revenus extractifs. Nos richesses minières ne doivent plus être le jackpot des autres

Autre angle mort du fisc : le foncier. Une taxe foncière modernisée, progressive et assise sur un cadastre digital, rapporterait d’importantes recettes tout en décourageant la spéculation urbaine. En parallèle, l’économie informelle, plus de 80 % des activités du pays, doit être intégrée à l’effort national. Pas par répression, mais par incitation, éducation : régime simplifié, micro-crédit, couverture sociale et fiscalité symbolique. La formalisation devient alors un gain, non une punition. Le foncier et l’informel sont nos deux mines d’or oubliées

À Toamasina comme à Ivato, les douanes restent le principal trou noir de l’État. Déclarations sous-évaluées, fraudes, complicités internes, tout y passe. La PLFI 2026 doit imposer la numérisation intégrale des procédures douanières, le croisement des données bancaires et fiscales, et des sanctions exemplaires contre les corrupteurs. Sans cela, chaque conteneur frauduleux restera une balle tirée dans le pied du pays.

Réformer les recettes sans discipliner les dépenses serait une hypocrisie. L’État doit revoir ses subventions mal ciblées, ses primes et indemnités injustifiées, et cibler les aides sociales vers les plus vulnérables. Quant à la revalorisation salariale annoncée, elle ne doit pas être un chèque en blanc électoral, mais s’inscrire dans une politique de mérite et de performance. Les dépenses publiques doivent être une cure d’austérité intelligente

L’autre nerf du problème est la corruption et l’impunité. Sans lutte réelle contre la corruption, toutes les réformes resteront du vent. Tant que les détournements de marchés, les surfacturations et les fausses exonérations seront tolérés, les caisses resteront vides et la dette continuera de s’envoler. La transparence budgétaire, la publication en ligne des dépenses, et l’audit public doivent devenir la règle, non l’exception.

Enfin, quand on redresse, on ne brise pas. Réformer, oui. Mais sans briser le dos des plus pauvres. La justice sociale doit guider chaque mesure : compensation ciblée, accompagnement social et communication claire. Car dans un pays où le pouvoir d’achat est parmi les plus bas du monde, une réforme fiscale mal calibrée serait une bombe à retardement.

La PLFI 2026 est une épreuve de vérité. Soit le gouvernement choisit le courage et la transparence, soit il poursuit la fuite en avant dans l’endettement et la dépendance. Et si les députés votent ce texte sans en corriger les dérives, ils se rendront complices d’un véritable massacre de la classe moyenne et des plus pauvres. Le moment est venu de remettre les pendules à l’heure : soit il y a motion de censure, soit le peuple réclamera un nouveau “tolona”, et cette fois, aucune « colonne » ne pourra rien y faire, car le peuple choisira un autre colonel… leur véritable « Robin des Bois » ….

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top