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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Une motion d’entre les colonnes – PLFI 2026 : salaires publics en hausse, fiscalité en feu, ménages en détresse

La gazette de la grande île
06/11/20254 minute read

Entre illusion salariale et réalité économique, le budget 2026 met à nu les contradictions d’un État qui s’entretient lui-même pendant que le pays s’appauvrit.

Le Projet de Loi de Finances Initiale 2026 (PLFI) annonce une revalorisation générale des salaires et une hausse des indemnités pour les agents publics. Une mesure applaudie dans la haute administration, mais perçue comme une provocation dans un pays où le secteur privé s’asphyxie, le chômage bat des records, et les ménages peinent à survivre. Dans le privé, les salaires stagnent. Les entreprises, étranglées par les charges et la baisse de la demande, n’ont aucune marge pour suivre le mouvement. Résultat : un fossé grandissant entre ceux qui vivent du budget de l’État et ceux qui le financent. La revalorisation salariale devient ainsi un privilège budgétaire réservé à une minorité, pendant que la majorité s’enlise dans la survie.

La Transition devient un autre mammouth administratif qui pèse lourd. Le budget de fonctionnement de l’administration représente aujourd’hui une part disproportionnée du PIB malgache. L’État consacre l’essentiel de ses ressources à se maintenir lui-même, sans réel impact sur la croissance ni sur les services publics. Trop de postes, trop de doublons, trop peu de résultats : la machine administrative tourne à vide. Il est temps d’assainir, de réduire le nombre de fonctionnaires, et de réorienter les ressources vers la production et l’investissement. Un État efficace ne se mesure pas à sa masse salariale, mais à sa capacité à créer de la valeur nationale.

Pendant que les salaires publics gonflent, la population encaisse une triple peine : hausse des taxes sur le gasoil, qui fera grimper le coût du transport et des produits de première nécessité, le retour de la vignette automobile, symbole d’un État en quête de recettes rapides et le taux d’IRSA porté à 25 % pour les salaires dépassant 4 millions d’ariary, frappant de plein fouet la classe moyenne urbaine, déjà étranglée. Ces mesures, loin d’alléger la souffrance populaire, creusent davantage le fossé entre la réalité des marchés et les illusions budgétaires. La fiscalité devient punitive et étouffe les ménages

Dans les marchés, les prix de PPN flambent. Les familles rognent sur les repas, réduisent les déplacements, sacrifient la scolarité. Le chômage des jeunes atteint des sommets, les petites entreprises ferment, et la consommation s’effondre. Pendant ce temps, l’État se félicite d’avoir “revalorisé” les salaires publics. Mais dans les faits, il n’a fait que gonfler une masse salariale improductive sans créer un seul emploi durable. Madagascar reste un pays qui consomme sans produire

Le PLFI 2026 ressemble davantage à un budget d’entretien du système qu’à un plan de relance économique. On taxe plus qu’on ne réforme, on dépense plus qu’on n’investit, on administre au lieu de gouverner. Le pays continue de s’appauvrir, pendant que la bureaucratie prospère. Ce sera un budget de survie, pas de redressement

Il est temps de dire les choses : Madagascar ne peut plus supporter une administration budgétivore, inefficace et figée dans ses privilèges. Revaloriser les salaires sans repenser la structure, c’est gonfler un ballon sans changer la direction du vent. Le pays n’a pas besoin de plus de fonctionnaires, mais de plus de producteurs, d’artisans, d’entrepreneurs et d’innovateurs. Et dans un pays où le pouvoir d’achat figure parmi les plus bas au monde, taxer les produits essentiels des ménages moyens, véhicules âgés de plus de dix ans, gasoil utilisé par les transports publics et les petits entrepreneurs, relève de l’aveuglement économique.

Si les députés valident cette loi de finances sans la corriger, ils endosseront la responsabilité historique d’un affaiblissement massif de la classe moyenne et des plus pauvres. Tant que la politique budgétaire servira à entretenir le système plutôt qu’à redresser la nation, le PLFI restera le miroir fiscal d’un État qui se regarde, pendant que le peuple s’efface. Le pays ne pourra éternellement survivre à des politiques qui détruisent ce qu’il lui reste de forces vives… à moins qu’une motion de censure se décide d’entre les colonnes.

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