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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Refondation de la République : Kotozafy ihany no Alexis

La gazette de la grande île
10/11/202510 minute read

Fanjakana Rajoelina : Rakotozafy ihany no Alexis, était le titre d’un des articles de la Gazette de la Grande Île publié le 04 avril 2019 https://www.lagazette-dgi.com/p-27516.html .

Cette expression malagasy, devenue courante, veut exprimer le découragement, l’amertume ou le dépit d’avoir été dupé : après des années de frustration, la population et notamment la Gen Z avait tellement espéré « une révolution » dans la conduite des affaires nationales. Et elle s’aperçoit que rien ne semble avoir changé !
La douche froide avait commencé le 20 octobre 2025, lorsqu’on a appris la nomination comme PM de Herintsalama Rajaonarivelo, ex-président de la BNI, fleuron du groupe AXIAN d’Hassanein Hiridjee. Après ses exploits au sein des assurances ARO et d’Air Madagascar, cet ex-administrateur de Madarail auprès de Mamy Ravatomanga et d’Hassanein Hiridjee, avait fait en 2021 le montage de « l’affaire de prêt de la CNAPS de 11 milliards ariary à la SMGD ». Pour mémoire, la durée du prêt est de 60 mois, mais 5 ans plus tard, plus de la moitié du prêt n’a toujours pas été remboursée. Alors que le taux d’intérêt de 7% était déjà ridiculement bas !

Plus tard, grande fut la déception à la découverte de la liste des membres du gouvernement. Déjà, mis à part le ministère d’Etat chargé de la Refondation, la structure gouvernementale reprend pratiquement celle du dernier gouvernement de Ntsay Mike Tyson. « Tout ça pour ça », se lamenta un jeune de la Gen Z qui est tout de suite allé sur google pour connaître le parcours du nouveau ministre de l’énergie et des hydrocarbures. Compte tenu des problèmes de délestages, à l’origine des dernières manifestations, il avait pensé benoitement que ce ministre doit être certainement un homme de grande expérience, immédiatement opérationnel. Quel ne fut son étonnement, lorsqu’il est tombé sur le profil LinkedIn de Ny Ando Ralitera « Postgraduate in Astronomy ». Sa dernière expérience depuis juillet 2023 jusqu’à sa nomination (2 ans et 5 mois) était stagiaire à l’Université d’Amsterdam :

Ce Gen Z se demandait si l’on n’aurait pas mieux fait de prendre un sortant de l’Ecole Polytechnique de Vontovorona, spécialité génie électrique ! Dépité, il arrêta là ses recherches sur les autres ministres, de peur d’avoir encore d’autres déceptions.

Les Interdictions de sortie (IST)

Le 20 octobre 2025, deux décisions du ministre de l’intérieur interdisent de sortie du territoire Rinah Rakotomanga et Sahondrarimalala Marie Michèle, faisant suite à une lettre du DG du Bianco. Quelle manque de professionnalisme pour cet administrateur civil !

Le 31 octobre 2025, une autre liste globale concernant frappe d’IST 34 personnalités. Cette fois, c’est une décision du Ministre de l’intérieur et de la décentralisation. Y figurent tous les membres du dernier gouvernement Ntsay Mike Tyson, sauf David Ralambofiringa ex-ministre de l’Industrialisation et du Commerce. Pour quelles raisons ? Simple oubli ? Mystère et Boule de Gomme !
Y ont été rajoutés Rinah Rakotomanga, Dina Andriamaholy (ex SGAP) et sa femme Rojoniaina, Lova Ranoromaro, Ernest Zafivanona Lankana (ex-DG Douane) et Germain (ex-DG impôts).

Le 7 Novembre 2025, une décision du même ministre de l’Intérieur et de la décentralisation sort de cette liste la femme de l’ex-SGAP Rojoniaina Andriamaholy née Ranaivoson, ainsi que l’ex-ministre de la pêche Mahatante Tsiamanaorate Paubert.
Le ministre s’est-il aperçu tardivement que la femme de l’ex SGAP est une haute conseillère de la HCC (la précision est nécessaire afin qu’il n’y ait pas de confusion, car les 4 colonels bras droits du colonel président portent également le nom de Haut Conseiller – pas très heureux comme choix !) qui nécessiterait une procédure appropriée ? Pas très professionnel une fois de plus pour cet administrateur civil de formation !
Quant à l’ex-ministre de la pêche, pour quelles raisons impérieuses l’a-t-on sorti de la liste ? Certains sous-entendent que ce ministre est un cousin du colonel Mickaël Randrianirina. Un nouveau régime des copains et des coquins ? En tout cas, il est originaire de Toliara comme ce colonel. Accessoirement, 3 des chefs d’Institution dont le président de la HCC et celui de l’assemblée nationale viennent tous de Toliara.

Qu’est devenu Korotamby alias général Baomba ?

En tout cas, il n’est pas non plus dans la liste de ceux frappés d’IST. Et tout comme BM Lalatiana Henriette, il est toujours sénateurs figurant dans le quota du président.
Pour comprendre cette mansuétude, il faut remonter en novembre 2023. Un article du journal Africa Intelligence parle d’arrestations de hauts gradés, dont le colonel Mickaël Randrianirina :

Le coup de filet dans l’armée du général Richard Ravalomanana

Quatre hauts gradés ont été arrêtés sur ordre de l’exécutif, alors que le contexte politique se tend. Une opération pilotée en coulisses par le président par intérim Richard Ravalomanana.

Ce ne sont pas moins de quatre militaires hauts gradés qui ont été inquiétés, durant la première quinzaine de novembre, par le président par intérim, Richard Ravalomanana. Le premier à avoir fait les frais de l’intransigeance de Ravalomanana – lui-même général de gendarmerie à la retraite – est le général de division Andrianavoany Ratsisetrainarivo Razafy. Commandant de la zone de défense (ZDS) Ikopa-Analamanga (région de la capitale), il a été auditionné le 16 novembre par la brigade criminelle de Fiadanana – chargée des enquêtes préliminaires sur les grandes affaires. Il serait toujours en résidence surveillée.
Le haut gradé avait refusé au général Lala Monja Delphin Sahivelo, le chef de l’état-major des armées, d’envoyer un contingent supplémentaire place du 13-Mai, à Antananarivo, pour le week-end des 4 et 5 novembre, où le « Collectif des dix » candidats de l’opposition avait prévu une manifestation. Le général récalcitrant a été mis à pied dès le vendredi 3 novembre au soir, limogé en conseil des ministres le 8, et remplacé dans la foulée par le général Dera Zafindravalomananarivelo Didier. Les 4 et 5 novembre, quelque 4 500 hommes (policiers, gendarmes et militaires) avaient été déployés par le président par intérim afin d’empêcher l’accès de la place aux manifestants.

Résidence surveillée

Dans la journée du 17 novembre, trois autres officiers supérieurs ont été auditionnés par les « gendarmes des gendarmes », à Antananarivo. Il s’agit du général de gendarmerie Ottman Itibar (de son nom de naissance Attoumani), second adjoint du commandant de la gendarmerie nationale (COMGN), du colonel Randrianirina Michaël, ex-commandant du bataillon d’infanterie de Tuléar, et du colonel Rampanarivo, ex-commandant de bataillon Recamp. Ils ont également été placés en résidence surveillée.
Rien n’a filtré pour le moment sur les chefs d’inculpation de ces officiers supérieurs, alors que des contestations commencent à poindre au sein de l’armée. Au lendemain de ces interpellations, Richard Ravalomanana a déclaré publiquement que l’État ne plierait devant aucune forme d’hostilité – ce que certains cadres ont interprété comme une forme d’intimidation, propice à mettre le feu aux poudres. Passé par l’académie militaire d’Antsirabe, l’école supérieure de gendarmerie nationale de Moramanga ainsi que par deux écoles de gendarmerie française (Melun et Maisons-Alfort), l’actuel président par intérim a construit sa réputation durant la Transition (2009-2014), sous Andry Rajoelina. Au cours de cette période, il a eu à maîtriser des mutineries, des manifestations, mais aussi des affaires d’explosion de bombes artisanales. Proche de l’ex-chef de l’État, ses nombreux détracteurs le surnomment depuis le général « Baomba ».

« Bruits de bottes »

Mardi 21 novembre, une fusillade a eu lieu dans le quartier d’Andohan’i Mandroseza, au sud d’Antananarivo, qui s’est soldée par la mort de cinq individus. Cette fusillade a eu lieu à proximité du domicile de la présidente de l’Assemblée nationale, Christine Razanamahasoa. Le général Lylison René de Roland, ancien sénateur, actuel gouverneur de la région Sofia (nord) et figure du putsch d’Andry Rajoelina en 2009, habite aussi dans ce quartier. Selon nos informations, ce dernier était venu en secret à la rencontre de Christine Razanamahasoa deux semaines plus tôt, à Tsimbazaza, pour la prévenir de « bruits de bottes » au sein de l’armée. L’enquête de la gendarmerie est toujours en cours.

De façon générale, toute voix dissonante est immédiatement étouffée par le régime, ce qui inquiète en coulisses les chancelleries occidentales présentes dans la Grande Île. En toute discrétion, l’exécutif a ainsi fait arrêter Thomas Razafindremaka, militant défenseur des droits humains originaire de la région Ihosy (centre sud-est). Le 21 novembre, le sexagénaire a été jugé coupable d’immixtion dans des fonctions dévolues aux huissiers de justice et aux avocats, manœuvres frauduleuses et escroquerie, et condamné à deux ans de prison ferme par les juges du pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo.

Laure Verneau

Cet article nous rappelle que lors de l’assassinat par des gendarmes de 5 personnes à Andohanimandroseza, Mampihongo Roberto Carlos, un originaire de Tuléar également proche famille du colonel Mickael, avait été comme ses compagnons abattu sans pitié et de sang-froid. L’enquête sur cette affaire va-t-elle enfin rebondir ?

Pour quelles raisons Baomba Korotamby semble-t-il épargné par ce régime, malgré son impopularité qui n’est plus à démontrer ?

Les colonels Mickaël et Rampanarivo avaient été écroués à Tsiafahy en novembre 2023. A la suite de démarches effectuées auprès du président par intérim de la République (c’était pendant les dernières élections présidentielles) par des Notables de Toliara d’une part et de Vakinankaratra d’autre part (la femme de Baomba Korotamby en est originaire), les deux colonels lui ont adressé une lettre de mea culpa le 5 décembre 2023.

A réception de cette lettre, Baomba Korotamby avait alors demandé de faire accélérer la procédure d’enquête et les deux colonels avaient été libérés dès février 2024. Ces derniers sont alors allés au Sénat pour remercier Baomba Korotamby redevenu « simple » président du sénat.
Alors, s’agit-il d’un simple retour d’ascenseur ?
Ce régime ne communique pas, et n’a pas l’équivalent d’une Bemolotra ou d’une Mara Donna. Et la population en est réduit à aller à la pêche aux informations, ce qui ne fait qu’alimenter les spéculations diverses.
Le lecteur pourra se faire sa religion après lecture de la lettre manuscrite de mea culpa ci-dessous.

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