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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Comment la famille Rajoelina a méthodiquement brisé l’esprit des « ambany tanàna » ?

La gazette de la grande île
21/11/20256 minute read

Il est devenu presque banal d’entendre que la pauvreté s’aggrave, que les familles vulnérables s’enfoncent, que le pays tourne en rond. Mais ce qui s’est passé ces dernières années dépasse largement la simple dégradation économique. C’est un sabotage social, une déconstruction programmée de ce qui tenait les communautés malgaches debout depuis des générations : la solidarité, l’entraide, l’attachement à la terre, le sentiment d’appartenir à une nation et non à un cirque politique. L’esprit communautaire n’a pas disparu par accident : il a été broyé par une famille mafieuse, obsédée par l’image, l’apparence, la mise en scène, au détriment absolu de l’humain.

Les communautés vulnérables de Madagascar, bien que pauvres, vivaient encore d’une cohésion remarquable. Rajoelina et Razakandisa n’ont pas seulement échoué : ils ont détruit ce qui fonctionnait encore. Les voisins se soutenaient, les villages géraient leurs ressources, les familles avaient une certaine sécurité grâce à leur terre. Mais quand le pouvoir s’est mis à distribuer des projets « pharaoniques » sans concertation, des infrastructures fantômes et des expulsions brutales maquillées en modernisation, tout a basculé. Les expropriations ont été menées comme des opérations de guerre : sans discussion, sans justice, sans humanité. Les bulldozers ont rasé des maisons, mais surtout des vies, des mémoires, des équilibres sociaux. Tout cela pendant que les caméras, elles, filmaient l’inauguration de fontaines sans eau, de routes inachevées, de téléphériques fantômes, d’usines fictives de bioéthanol, d’actions sociales sans impact de l’association Fitia… Et pendant que leur propagande répétait en boucle un miracle économique imaginaire, des milliers de familles perdaient leur dignité réelle.

L’action sociale de Fitia a réduit en un théâtre humiliant l’image des Organisations de la Société Civile et la confiance des bailleurs sociaux. C’est peut-être là l’aspect le plus agressivement insultant pour les communautés vulnérables : l’action sociale a cessé d’être un droit pour devenir un instrument de propagande. Mialy la poupée n’aidait plus : elle se mettait en scène. On ne parle plus de programmes sociaux cohérents, mais de distributions improvisées de riz bas de gamme, parfois avarié, mal emballé, livré comme un cadeau royal. On voit des cuvettes en plastique brandies comme des trophées, comme si la dignité d’une famille pouvait se mesurer à la couleur d’une bassine et à un t-shirt offert en période électorale. Cette stratégie a transformé des citoyens en figurants, des besoins en opportunités médiatiques et la pauvreté en outil politique. Au lieu de renforcer les capacités des ménages, on les maintient dans la dépendance. Au lieu de construire des politiques publiques structurées, on privilégie le show. Et ce show-là coûte cher : il coûte la confiance, la dignité et la cohésion sociale.

Sous la gouvernance coloniale de Rajoelina, la pauvreté n’était pas seulement devenue plus profonde : elle est devenue plus structurelle. Les conséquences socio-économiques : une pauvreté organisée, presque entretenue. Les pertes de terres ont détruit l’économie paysanne. Les projets non concertés ont expulsé des familles entières de leurs moyens d’existence. L’endettement s’est propagé comme un feu de brousse : micro-emprunts non régulés, dettes informelles, dépendance envers des réseaux qui profitent de la misère. Les jeunes, eux, n’ont reçu que des promesses de formation et des mots creux. Résultat : ils survivent dans l’informel, sur les trottoirs, entre petits trafics et débrouille permanente. Ils ne croient plus à la mobilité sociale, ils n’attendent plus rien de l’État, et ils n’envisagent l’avenir que sous la forme de départ ou de révolte. Cette pauvreté n’est pas un accident de parcours : elle est devenue le moteur de la politique sociale. Car un peuple trop dépendant pour dire « non » reste un peuple docile. Voilà la logique froide derrière les distributions humiliantes.

Ainsi, à Antananarivo, le “mieux vivre ensemble” est devenu une fiction. L’arrivée massive de personnes déplacées, l’explosion du prix des loyers, la pression sur les services publics et la concurrence féroce pour les petits revenus ont transformé Antananarivo en une cocotte-minute sociale. Les tensions de classe, autrefois discrètes, sont aujourd’hui nettes : rivière d’un côté, quartiers saturés de l’autre, élites protégées d’un côté, jeunes frustrés de l’autre. La ville est devenue un terrain de confrontation silencieuse : confrontation pour l’eau, pour l’espace, pour l’air même. À mesure que les communautés se fragmentent, le « fihavanana » s’effrite. Personne ne fait confiance à personne. L’État actuel, lui, semble se cacher derrière des murs fraîchement repeints. Résultat : l’explosion sociale n’est plus une hypothèse, mais une échéance.

À court terme, il faut commencer par arrêter l’hémorragie : un moratoire sur les expulsions, un soutien d’urgence non politisé, des petits programmes d’emploi, de la médiation. À moyen terme, une sécurisation foncière, une éducation sur le civisme et la citoyenneté, une formation professionnelle, une protection sociale moderne, des politiques urbaines cohérentes et une gouvernance transparente. Mais soyons clairs : tant qu’une stratégie nationale remplacera le développement durable par l’achat de loyautés temporaires, aucune réforme ne sera durable. Le changement viendra des initiatives citoyennes, des organisations indépendantes, des programmes communautaires sérieux, pas de la distribution de gadgets électoraux.

Il n’est plus possible en 2025 de mener une politique sociale basée sur la distribution de cuvettes et de riz frelaté, pour une raison simple et définitive : ce n’est pas une politique sociale. C’est une insulte nationale. Parce qu’un État qui traite ses citoyens comme des assistés à séduire avec du plastique et des sacs de riz douteux, de beaux discours prometteur, n’est plus un État : c’est un marché électoral ambulant. Parce qu’aucune société moderne ne se construit sur des dons humiliants, mais sur des droits, des infrastructures et du respect. Parce qu’un gouvernement qui se dit “pro-pauvres” ne lutte pas contre la pauvreté, il la recycle pour se maintenir au pouvoir.

Un peuple qui a faim ne demande plus une cuvette ni de belles promesses, il demande du travail, de la justice et un avenir. Le plastique se casse. Le riz pourrit. Mais la dignité, elle, ne se marchande pas. Aujourd’hui, Madagascar n’a plus besoin d’électeurs sans civisme ni sens de la citoyenneté, ni le retour des Razakandisa et son rejeton de gendre, il a besoin de gouvernance…

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