L’affidavit juré le 19 novembre par la Financial Crimes Commission (FCC) en réponse à la demande de dégel des comptes bancaires de Maminiaiana Ravatomanga (Mamy), Ramy Nivo Haingonirina Rakotoniary (épouse de Mamy), Auto Diffusion Ltee et First Class Immobilier Ltd contient plusieurs révélations. Cette action au civil a contraint, si l’on peut dire, la FCC à dévoiler beaucoup de ses armes qu’elle affûtait contre Mamy Ravatomanga, Junaid Fakim, Nasser Bheeky et Christian Thomas qui sont poursuivis pour trafic d’influence et blanchiment d’argent notamment.
Par le biais de son avoué N. Seetaram, la FCC a su résumer ce que les Malgaches reprochent à Mamy Ravatomanga et comment ce dernier a pu faire prospérer ses nombreuses entreprises grâce à ses relations privilégiées avec le pouvoir malgache. Cela n’est pas sans rappeler certains hommes d’affaires à Maurice…
Ravatomanga est accusé par le nouveau pouvoir malgache de corruption, détournement de fonds publics, fraude fiscale et trafic de bois de rose. L’affidavit évoquera aussi le trafic de bois de santal.
𝐋𝐞𝐬 𝐥𝐚𝐧𝐜𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝’𝐚𝐥𝐞𝐫𝐭𝐞
La FCC donne d’abord des détails intéressants sur ce qui était reproché en février 2016 à Ravatomanga par le Parquet National Financier (PNF) de Paris, détails fournis le 13 octobre à la FCC par Sylvestra Koufali Daya, une Malgache détenant également la nationalité mozambicaine. La FCC a dû donc révéler l’identité de cette dernière de même que celle des deux autres personnes qui avaient déposé plainte contre Mamy au Triangle de Réduit juste après l’arrivée de ce dernier à Maurice.
Mamy était soupçonné par le PNF d’être à l’origine d’opérations complexes de blanchiment d’argent à l’international et surtout de transferts de grosses sommes entre Madagascar et l’Ile Maurice. Comment ? En créant d’abord des sociétés offshore grâce à la complicité de l’épouse de Mamy, du Français Francis Dubernard et du Mauricien Jaye Jingree, financier du MSM, cité dans les Pandoras Papers.
L’argent de Mamy, transféré de Mada vers deux entités offshore mauriciennes, Lam Immobilier Ltd et Durban International Limited, a ensuite été utilisé pour acquérir pour 4,53 m d’euros (Rs 226 m) quatre propriétés en France via trois sociétés écran mises sur pied en France. La FCC, se basant sur un rapport du bureau anti-corruption malgache – BIANCO- parle de preuves solides de blanchiment d’argent contre Ravatomanga et de la reprise des investigations.
𝐑𝐨𝐠𝐞𝐫𝐬 𝐂𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥, 𝐃𝐮𝐫𝐛𝐚𝐧 𝐈𝐧𝐭𝐥 𝐞𝐭 𝐊𝐫𝐨𝐬𝐬 𝐁𝐨𝐫𝐝𝐞𝐫 𝐜𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐞𝐧𝐟𝐢𝐧
Durban International Limited, une société offshore créée à Maurice en 2005 avec comme directeurs Mamy lui-même et Rogers Capital, et dissous en 2010, était, dit la FCC, en fait gérée par Kross Border International Limited. Cette société est introuvable sur le Registrar of Companies. On n’y retrouve que Kross Border Business Solutions Limited et Kross Border Consultancy Services Limited, mais toujours avec les Jingree père et fils aux commandes.
De plus, selon les documents en possession de la FCC, Durban International Limited aurait été utilisée pour le blanchiment d’argent provenant de la vente illégale de bois de rose vers la Chine. La FCC annonce la réouverture de l’investigation grâce à l’aide du nouveau pouvoir malgache. Voilà qui fera perdre le sommeil à certains à Maurice !
Pour rappel, Jaye Jingree faisait l’objet en novembre 2013 d’allégations de faux et usage de faux de la part de l’Indien Kolanda Reddy de Velankani Group. Durban International, nous apprend l’affidavit, a changé de nom en avril 2014 pour s’appeler Camellia International Ltd qui est maintenant basée aux Seychelles.
𝐁𝐨𝐞𝐢𝐧𝐠 𝐁𝐨𝐞𝐢𝐧𝐠
Mais revenons à l’affidavit de la FCC. Nous apprenons que Fanirisoa Ernaivo, la nouvelle ministre de la justice Malgache, est la deuxième personne qui a déposé plainte à la FCC contre Mamy et ce, le 19 octobre. Elle a surtout décrit la captation de l’Etat par Mamy. Le 21 octobre, au tour d’un ex-ministre de l’Environnement malgache, Ramana Antheleme Ramparany, de faire de même.
Concernant l’affaire de la vente illégale de cinq Boeing 777 à la compagnie iranienne Mahan Air en janvier 2024, comme Scoop.mu vous l’avait révélé l’Indien Khushwinder Singh, incarcéré à Mada, s’est déjà mis à table et a, entre autres, affirmé qu’un pot-de-vin de 5 m d’euros a été remis à Mamy Ravatomanga. Cela, en retour du coup de pouce de Mamy pour l’enregistrement des avions en usant de son influence sur les autorités malgaches. Singh avait même fondé la société Udaan Potentials Ltd à Maurice en 2019 et les 5 m d’euros y ont été reçus, venant de Hong Kong. Le FBI enquête aussi sur cette affaire.
Mamy corrompu en plus d’être corrupteur ? Pas que, puisque l’ex-ministre de l’Environnement l’accuse aussi de détournement de fonds de la JIRAMA, les services des eaux et de l’électricité de la Grande Ile. Cela, alors que les Malgaches en manquent !
Le plus intéressant : à la suite d’investigations menées par la FCC, il a été découvert que Mamy Ravatomanga est le bénéficiaire ultime de pas moins de vingt-quatre entités à Maurice. Nous y reviendrons.
𝐀𝐭𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐬𝐬𝐚𝐠𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐭-𝐝𝐞-𝐯𝐢𝐧 ?
Concernant l’atterrissage du jet privé le 14 octobre, l’affidavit affirme qu’une enquête est en cours pour déterminer s’il y a eu corruption d’employés de … l’Aviation Civile et de Jet Prime Ltd ! On apprend aussi que le jet privé avait demandé – on ne sait quand exactement- la permission d’atterrir à l’Ile de la Réunion. Ce qui lui a été refusé.
L’affidavit se termine en beauté en révélant que Essential Time Group Limited, qui avait comme directeurs Mamy et Shakil Mohammad Fakeermahamod, a été enlevée du Registrar depuis 2021. Or, cette société détient quatre comptes à Bank One en dollars et en euros pour une valeur de Rs 571 m. On se demande comment.
Plusieurs paragraphes de l’affidavit sont manquants et ayant trait probablement aux comptes bancaires de Mamy à la banque Afrasia et la MCB et qui pèseraient Rs 6,5 milliards. Peur de faire du tort à l‘image de ces banques ? En tout cas, Scoop.mu fera de son mieux pour combler ces lacunes.
𝐍𝐚𝐫𝐚𝐢𝐧 𝐉𝐚𝐬𝐨𝐝𝐚𝐧𝐚𝐧𝐝





