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Le Journal de l'île Rouge
Politique

La GasyNostra,  périple d’un assainissement interne !

La gazette de la grande île
01/12/20255 minute read

Il faut arrêter de jouer au pays surpris. Madagascar n’est pas victime d’un hasard ; il est victime d’un système qui a méthodiquement remplacé l’État par une économie de prédation. Celui qui cherche les ennemis de la République n’a pas besoin de lorgner à l’international, ils sont déjà dans les cabinets d’Etat, dans les ministères, dans les douanes, dans les zones franches, dans les banques de façade, dans les flux d’importation, dans les crédits informels qui valent plus cher qu’un tribunal. Autrement dit, les ennemis de l’État sont ceux qui vivent grâce à sa lente agonie, et qui ont transformé la faiblesse institutionnelle en business model.

Une mafia moderne ne porte plus de pistolet, elle porte un badge de “fournisseur”, un agrément d’importation, un permis de construire, un bail emphytéotique trafiqué. Elle n’a pas besoin de violence physique, elle possède mieux, elle possède les administrations fatiguées et les décideurs friables. C’est ainsi qu’elle s’incruste, qu’elle s’accroche, qu’elle pousse ses tentacules jusque dans les bureaux climatisés où se décident les destins de millions de citoyens qui, eux, n’ont même pas l’eau potable. La prise du pouvoir par les réseaux mafieux n’a rien de spectaculaire, elle se fait par containers, par cartons, par valises, par deals. Elle se fait d’abord par l’importation massive et incontrôlée de véhicules d’occasion, venus de Corée ou d’ailleurs, transformant le pays en cimetière roulant où les fortunes naissent sur des châssis trafiqués. On importe, on passe en douane dans la demi-obscurité, on revend au triple, et surtout, on blanchit. Ce n’est pas un marché, c’est une machine à effacer des origines douteuses sous le vernis de la mécanique.

La mafia progresse ensuite par le marché immobilier, devenu le refuge préféré des fortunes inexplicables. On construit des immeubles sortis de nulle part, on les revend à des prix déconnectés de la réalité nationale, on injecte de l’argent dont personne ne cherche la source, parce que poser la question serait un suicide administratif. Résultat, la ville grandit, mais la transparence recule. Les immeubles montent, l’État s’effondre.

Puis viennent les prêteurs informels, un secteur où les taux d’intérêt relèvent plus de la prédation que de l’économie. Ce sont des banques fantômes qui fonctionnent au-dessus des lois, qui ruinent les familles, qui capturent des maisons, qui asservissent des générations. Le pire ? Beaucoup ont leurs entrées dans les cercles du pouvoir. Les créanciers qui brisent les vies sont les mêmes qui financent les dîners des décideurs. Ce n’est pas un réseau financier, c’est une structure féodale. Et enfin, il y a les importateurs de PPN, ces opérateurs devenus plus puissants que certains ministres, qui contrôlent le riz, l’huile, le sucre, bref, la survie quotidienne du peuple. Quand quelques groupes contrôlent l’alimentation d’une nation, ce ne sont plus des commerçants, ce sont des régents. Ils fixent les prix, ils créent des pénuries pour mieux rebondir, ils dictent leurs conditions au pouvoir en place. Le gouvernement ne régule pas les PPN, les PPN régulent le gouvernement. Tous ces secteurs ont un point commun, ils prospèrent sur la fragilité de l’État et la confusion entre l’argent “privé” et l’argent “capturé”. Ces réseaux fonctionnent comme une mafia classique, une poignée de financiers tapis derrière des prête-noms, des hommes de main infiltrés dans les douanes, le fisc, les régies, des relais politiques qui signent les textes sans jamais comprendre qui en tire les ficelles, des opérateurs qui assurent la logistique et tout en bas, une armée de petites mains dépendantes, qui protègent ce système sans même réaliser qu’ils défendent leurs propres chaînes.

Et maintenant, parlons du danger réel, que cette mafia déjà imbriquée entre dans un gouvernement de transition. Car un gouvernement de transition infiltré, c’est la pire configuration pour nous. Pourquoi ? Parce qu’il est fragile, rapide, techniquement illégitime et donc facilement influençable. Là où un régime élu peut encore résister, même un peu, une transition, elle, se vend au plus offrant. Ceux qui arrivent avec des valises d’argent n’ont pas besoin de convaincre, ils achètent. Ils placent leurs hommes dans les ministères sensibles, commerce, finances, douanes, énergie, intérieur. Ils verrouillent les nominations. Ils écrivent les réformes. Ils rédigent les cahiers de charges. Ils orientent les audits. Ils “valident” les fournisseurs. Si la mafia entre dans un gouvernement de transition, alors, les importations deviennent des concessions privées, les contrôles deviennent des formalités symboliques, les lois deviennent des contrats, les budgets deviennent des butins, l’État devient un département de leurs entreprises. Et pendant que les citoyens espèrent un renouveau, les réseaux mafieux y voient une brèche historique pour s’installer définitivement au cœur du pouvoir. Dans ce cas, ce n’est plus l’État qui gouverne, c’est la mafia qui utilise l’État comme tableau Excel.

Là où l’État recule, la mafia avance. Si la transition lui ouvre la porte, elle ne gouvernera pas Madagascar, elle l’achètera cash, et au prix fort, c’est toujours le peuple qui paye.

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