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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Les traces indélébiles de Rajoelina Ou l’autopsie corrosive d’un système qui refuse de mourir

La gazette de la grande île
08/12/20255 minute read

On pourrait croire qu’un régime s’en va avec son chef. C’est la naïveté des transitions politiques. Lorsque le régime orangé a quitté les projecteurs en catimini, il ne disparaît pas : il se recompose, il se replie, il se camoufle et il continue d’agir à travers ceux qui lui doivent tout : postes, privilèges, fortunes express, carrière fulgurante dans une administration jadis moribonde. Ce n’est pas un héritage : c’est une infection chronique dont la transition doit aujourd’hui mesurer l’étendue.

Les ministères et directions publiques n’ont pas simplement été influencés : ils ont été colonisés. Pendant plus d’une décennie, des hommes de main soigneusement placés ont subtilisé des pans entiers de l’appareil d’État. Une administration vampirisée, l’État orange n’a jamais déménagé. Aujourd’hui, chaque administration ressemble à un champ de mines. Ce ne sont pas des erreurs de gestion : ce sont des signaux. Des signaux envoyés par ceux qui continuent d’obéir à des chaînes de commandement parallèles. Le pouvoir formel publie des décrets ; le pouvoir informel, lui, décide ce qui bougera réellement. Il serait illusoire de croire que les réseaux d’influence se sont évaporés. Ils sont encore là, plus discrets mais plus nerveux. Au sommet de l’État, une poignée d’anciens privilégiés tirent encore des ficelles, au téléphone, dans des réunions privées, ou via des intermédiaires qui ont survécu à tous les remaniements. Les salons politiques sont devenus des salles de commande clandestine. Le système orange ne gouverne peut-être plus, mais il commande encore, de manière subliminale. Le pouvoir réel ne se loge pas dans les institutions officielles, mais dans la capacité à les paralyser. Et ça, l’ancien régime l’a compris mieux que personne.

Rajoelina a blindé les zones vitales de l’État comme un bunker : finances, mines, infrastructures, ports, énergie. Les personnes qui y sont placées n’ont pas été choisies pour leurs compétences, mais pour leur loyauté absolue. Les postes sensibles sont les verrous stratégiques d’un système qui ne sera jamais démantelé. Ces postes ne sont pas symboliques : ce sont des robinets. Le robinet des devises. Le robinet des flux miniers. Le robinet des importations. Le robinet des exonérations “exceptionnelles”. Tant que ces robinets restent entre les mêmes mains, l’ancien régime peut continuer à influencer un pays sans être physiquement au pouvoir. La transition peut bien changer les noms des ministres et les couleurs des infrastructures : tant qu’elle ne change pas les gardiens des robinets, rien ne change réellement.

Les dossiers de détournements, de fraudes, de marchés truqués, de manipulations budgétaires ? Ils somnolent, et personne n’ose vraiment les réveiller.  L’impunité est la signature officielle du système. Cette impunité est la plus grande victoire du régime précédent : elle scelle l’idée que la corruption n’est pas un crime, mais un rituel. Une normalité. Une habitude administrative. Lorsqu’un pays accepte que les abus ne soient jamais sanctionnés, il crée une génération de cadres qui ne craignent rien. Et lorsqu’on n’a peur de rien, on se permet tout.

Le pire n’est pas ce que l’on voit, mais ce que l’on ne voit pas. Les caisses parallèles n’ont pas disparu. Elles sont les organes vitaux de l’État parallèle Elles se sont simplement adaptées, redistribuant discrètement leurs flux à ceux qui continuent de servir la cause orange. Ce sont ces caisses noires qui entretiennent la loyauté, neutralisent les résistances, lubrifient les décisions, protègent ceux qui doivent être protégés. Le pouvoir actuel veut gouverner ? Très bien. Mais qu’il sache que certains financements occultes gouvernent encore plus vite qu’elle, et surtout, plus efficacement.

Se posent alors les questions épineuses. Les hommes de la transition sont-ils influençables ? La corruption est-elle encore active ? À voir la configuration actuelle, la réponse est oui, mais pas par faiblesse : par héritage. On ne réforme pas un système tentaculaire en quelques semaines. On ne dissout pas un réseau qui a eu plus de dix ans pour tisser ses racines. On ne nettoie pas un appareil d’État qui a appris à fonctionner en dehors des règles officielles. La corruption n’est pas un vestige : c’est encore le carburant principal de certains circuits de décision. Et tant que les hommes placés sous l’ère orange occupent les points vitaux, la transition devra gouverner dans un environnement hostile, saturé de résistances silencieuses et d’influences toxiques.

On a changé de régime, mais pas encore de système. Et tant que l’orange coule dans les veines de l’administration, l’État n’est pas vraiment sorti … de l’Empire Rajoelina.

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