Combien de fois a-t-on alerté sur le laxisme meurtrier qui gangrène les transports en commun à Antananarivo ? Combien de fois a-t-on répété qu’à force de fermer les yeux sur des pratiques dangereuses, des vies finiraient brisées ? Hier, c’est arrivé. Encore. Une fillette de six ans a perdu la vie, écrasée par un bus qui a redémarré alors qu’elle n’avait même pas réussi à monter. Une tragédie annoncée, mais évitable.
Un système chaotique qui fabrique des morts
Ce drame n’est pas un accident isolé. Il est le résultat d’un bordel généralisé dans lequel s’enfonce depuis des années le transport public. Chutes mortelles parce qu’on force les passagers à descendre alors que le bus roule encore. Blessés à vie après des démarrages brutaux. Hommes et femmes contraints de marcher dans des zones dangereuses parce qu’après une certaine heure, les bus refusent de les prendre. Tout cela est connu. Documenté. Répété. Et ignoré.
Hier, un bus de la ligne 114 a une fois de plus illustré cette sauvagerie quotidienne. L’arrêt hors station, en pleine circulation, est devenu une habitude « normale ». Mais cette normalité tue.
Le cynisme face à la détresse
Comme si la scène n’était pas assez insoutenable, un chauffeur de taxi — à qui la mère en pleurs demandait de l’aide — a trouvé le culot de répondre froidement :
« Va demander à celui qui lui a marché dessus. »
L’humanité disparaît en même temps que la sécurité.
Responsables n°1 : chauffeurs et receveurs, rois du mépris
Démarrages précipités, insultes envers les passagers, demi-tours sauvages pour éviter les embouteillages, non-respect des arrêts, indifférence totale aux cahiers de charges…
Les chauffeurs et receveurs se comportent en seigneurs du chaos, imposant leurs règles et mettant des vies en jeu à chaque trajet.
Ils ne transportent plus des usagers. Ils les malmènent.
Responsables n°2 : les coopératives, complices silencieuses
Toutes ces dérives sont connues de leurs coopératives. Très connues.
Mais les sanctions ? Jamais.
Les avertissements ? Jamais.
Les suspensions ? Jamais.
Le profit passe avant la sécurité. L’impunité est totale.
Responsables n°3 : les forces de l’ordre, un système de corruption banalisé
Le pire dans tout cela est peut-être la complicité active de ceux censés faire respecter la loi.
Sur la ligne 114, les policiers sont littéralement arrosés tout au long du trajet — Ambohimanarina, Ambohidroa, Ambodimita, Andranomena, Ambohibao, Ankazomanga, Analakely, et j’en passe.
À chaque passage, un billet.
À chaque billet, un silence.
À chaque silence, une nouvelle infraction.
Et hier, un mort.
Quand ceux qui doivent protéger la population ferment les yeux en échange de quelques billets, c’est tout un pays qui se met en danger.
Responsables n°4 : nous, les passagers, habitués à l’inacceptable
Il faut aussi le dire : une partie des passagers a fini par considérer ces abus comme normaux.
On descend en marche. On monte en courant. On accepte de se faire insulter. On se tait.
Alors le système continue, et tue.
Un laxisme chronique qui fabrique des cercueils
Ce drame n’est pas un fait divers.
C’est un symbole : celui de l’échec total d’un système de transport public où chacun — chauffeurs, receveurs, coopératives, forces de l’ordre et même usagers — porte une part de responsabilité.
Tant qu’on tolérera ce laisser-aller, tant que le chaos règnera dans nos bus, les morts s’enchaîneront.
Et demain, ce pourrait être votre enfant, votre ami, vous-même.
Le transport en commun n’est pas censé être une loterie mortelle.
Il est temps de le rappeler.
Il est temps de changer.






