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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Les apôtres de Bleu !

La gazette de la grande île
12/12/20253 minute read

Dans la partie invisible de l’échiquier, une vérité s’impose dans l’opinion publique, brutale, implacable, presque trop évidente.Ravatomanga n’a jamais joué seul. Personne ne bâtit un empire tentaculaire dans un pays où l’État contrôle, en théorie, chaque strate, chaque marché public, chaque monopole, sans une protection politique puissante, continue et méthodiquement entretenue. Aucun magnat ne prospère à ce niveau sans le feu vert du sommet de l’État.

Et dans cette lecture, le président Rajoelina et sa clique apparaissent comme les premiers maillons, les premiers bénéficiaires politiques, Rajoelina le premier complice par inaction, par indulgence ou par stratégie. Non pas par preuve judiciaire, mais par une accumulation de signaux, de coïncidences, de relations publiques ostensibles, de contrats qui n’auraient jamais prospéré sans une proximité assumée. Ainsi s’est installée dans l’imaginaire national une idée terrible. Ravatomanga n’était pas un électron libre, mais l’un des gros moteurs officieux du système orange, le visage économique d’une gouvernance qui, selon ses critiques, a confondu le pays avec un héritage familial et l’État avec une entreprise.

Et dans cette lecture, l’hydre ne se limitait pas à deux têtes : derrière Ravatomanga et Rajoelina, l’opinion avertie voit tout un gouvernement ayant joué la partition, certains par opportunisme, d’autres par fidélité politique, beaucoup par intérêt direct. Les ministres, les directeurs généraux, les opérateurs publics, tous ceux qui ont validé, entériné, signé, protégé, facilité : toute une chaîne de complaisance qui fait aujourd’hui mine de découvrir le scandale, alors qu’elle en connaissait chaque boulon, chaque tuyau, chaque coulisse. Et voilà le paradoxe ultime qui éclate aux yeux du peuple : les mêmes qui ont nourri le monstre prétendent aujourd’hui vouloir le combattre. Les mêmes qui ont applaudi les succès de l’empire privatisé se drapent soudain dans le costume de chevaliers blancs. Les mêmes qui ont profité de la manne pendant des années crient désormais au scandale, comme s’ils tombaient du ciel.

Ce n’est pas la chute d’un homme d’affaires que Madagascar observe. C’est la chute d’une complicité systémique, d’un duo politique–économique, d’une mécanique où l’intérêt particulier a toujours triomphé du bien commun. Dans l’histoire, les monstres ne naissent jamais seuls. Ils naissent parce que le pouvoir les fabrique, les entretient, les protège, parce que l’État abandonne sa souveraineté à des intérêts privés. Et c’est là, dans notre vérité qui dérange, que se trouve la véritable apocalypse politique : tant qu’on n’enquêtera (enfin) pas ceux qui ont permis à l’hydre de grandir, toutes les autres têtes repousseront. La tragédie n’est pas que Ravatomanga tombe, mais que ceux qui l’ont laissé devenir si puissant sont toujours, hélas, aux commandes de l’Etat. Dans le bleu profond où cette mafia prétend, enfin, trouver leur confort, ce n ‘est jamais la paix qui règne, seulement le froid mensonge d’un pouvoir qui, de nouveau, risque de se … vaciller.

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