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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Transition sans boussole : chronique d’un naufrage politique annoncé

La gazette de la grande île
13/12/20254 minute read

Madagascar avance aujourd’hui comme un navire sans gouvernail, livré aux courants, aux vents contraires et aux ambitions individuelles, sans feuille de route, sans accord politique structurant, sans charte de transition digne de ce nom. Ce vide n’est pas un simple oubli administratif, c’est une faute politique lourde, presque criminelle dans ses effets sociaux et économiques. Quand un État n’indique plus ni cap ni horizon, le peuple dérive. Le social se fracture, la colère s’accumule, la pauvreté se normalise et l’injustice devient un bruit de fond permanent. L’économie, elle, se recroqueville : les investisseurs fuient, les aides se conditionnent ou se figent, l’informel et la mafia prospèrent pendant que l’État s’appauvrit. On gouverne à vue, au jour le jour, à coups de discours creux, de symboles usés et de voyage suspect, pendant que le pays réel s’enfonce. Ce chaos n’est pas accidentel. Il est le produit d’un système politique qui refuse la règle, méprise le compromis et confond pouvoir et improvisation.

Dans ce paysage en ruines, les partis politiques portent une responsabilité écrasante. Leur rôle n’est pas de hurler plus fort que le voisin, ni de calculer la prochaine échéance électorale comme des parieurs cyniques, mais de structurer le débat, de proposer des issues, d’assumer une fonction historique. Or que voit-on trop souvent ? Des partis transformés en clubs personnels, sans doctrine, sans vision, sans courage, incapables de s’élever au-dessus de leurs intérêts immédiats. En temps de crise, un parti qui ne construit pas un compromis devient un accélérateur de chaos. Le devoir républicain commande pourtant autre chose : mettre l’intérêt national au-dessus des egos, refuser l’instrumentalisation de la misère, accepter la logique du dialogue politique comme fondement de la stabilité. Mais à Madagascar, la politique est encore trop souvent un théâtre d’ombres où chacun joue sa partition sans écouter l’ensemble, au mépris de la nation.

C’est dans ce contexte qu’interviennent les Assises des Partis Politiques à Antananarivo, présentées comme un moment de dialogue, peut-être de refondation. Soyons lucides et sévères : ces Assises ne vaudront que par ce qu’elles produiront noir sur blanc. Le pays n’a que faire de communiqués vagues, de déclarations d’intention ou de photos de famille opportunistes. Ce qu’on attend, ce sont des résolutions politiques claires, assumées, contraignantes moralement : un diagnostic partagé de la crise, un cadre de gouvernance transitoire, un calendrier crédible, des mécanismes de contrôle et de médiation. L’histoire politique malgache le démontre sans ambiguïté : les rares sorties de crise ont toujours reposé sur des accords politiques négociés, imparfaits certes, mais collectivement reconnus. Ce ne sont pas les hommes providentiels qui ont stabilisé le pays, mais les compromis arrachés dans la douleur. Tout le reste n’a été que poudre aux yeux.

Mais il faut aller plus loin, et frapper là où le discours officiel évite soigneusement d’aller : la Concertation Nationale, brandie comme un mantra, est une imposture lorsqu’elle n’est pas précédée d’une véritable éducation citoyenne et civique. Dans un pays où la majorité de la population n’a jamais été formée à ses droits, à ses devoirs, au fonctionnement de l’État et aux enjeux démocratiques, la concertation devient un rituel creux, confisqué par les élites politiques et économiques. Le peuple est invité à applaudir, pas à comprendre ; à écouter, pas à décider. Sans culture civique, la concertation n’est pas un outil de démocratie, mais un décor. Les résolutions qui en sortent ne sont ni appropriées ni défendues par la population, et meurent dès la première secousse politique.

La vérité est brutale : Madagascar ne souffre pas seulement d’une crise politique, mais d’une faillite de méthode, de vision et de courage collectif. Tant que le pays refusera de se doter d’un cadre politique clair, tant que les partis resteront prisonniers de leurs calculs mesquins, tant que la citoyenneté sera reléguée au rang de slogan, chaque crise appellera la suivante, plus violente, plus destructrice. Et l’histoire retiendra non pas l’absence de solutions, mais l’absence de volonté de les assumer. À ce stade, ne rien décider, c’est déjà choisir … le chaos.

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