L’aide internationale à Madagascar n’est ni illégitime ni inutile. Elle est souvent vitale. Mais ce qui est devenu insoutenable, ce n’est pas l’aide en elle-même : c’est son statut de substitut permanent à l’État, à l’économie et à la vision politique. Depuis trop longtemps, Madagascar est traité comme une succession d’urgences à gérer plutôt que comme une nation à refonder. Or un pays ne se développe pas sous perfusion humanitaire continue. Il se transforme par un projet structurant, assumé, porté de l’intérieur.
Le Programme d’éducation PECC et sa déclinaison PECC’ADY (Programme Économique pour la Croissance et la Création d’Emploi) partent d’un constat simple, mais radicalement différent : le problème central de Madagascar n’est pas l’absence de projets, mais l’absence de trajectoire. Nettoyer des canaux, distribuer de l’eau, soigner des urgences, sécuriser la nourriture sont des réponses nécessaires, mais insuffisantes. Sans valoriser l’humain par son éducation civique, sans création de valeur, sans emploi durable, sans formalisation de l’informel, sans responsabilisation citoyenne et économique des citoyens, chaque crise revient plus violente que la précédente. Là où les approches classiques mobilisent la jeunesse comme main-d’œuvre temporaire ou bénéficiaire passive, le PECC’ADY fait un choix politique clair : la jeunesse doit être actrice économique, pas variable de stabilisation sociale. Eduquer, former, financer, formaliser, accompagner. Transformer l’énergie de la rue en compétences productives. Passer de l’occupation à l’émancipation. Un jeune qui crée de la valeur n’est pas un risque à contenir, c’est un pilier de stabilité. Dans le Grand Sud, là où l’humanitaire gère la résilience, le PECC’ADY pose une autre question : pourquoi ces territoires ne seraient-ils condamnés qu’à survivre ? L’économie verte, l’économie bleue, l’agriculture structurée, la transformation locale, la commercialisation, l’exportation responsable sont autant de leviers concrets pour sortir de l’assignation humanitaire. Apprendre à résister à la faim est nécessaire ; créer les conditions pour ne plus y être exposé est vital. Le cœur du PECC’ADY repose sur un choix souvent évité : investir dans les Mères Leaders. Parce qu’à Madagascar, elles sont déjà les gestionnaires de fait de l’économie informelle, de la résilience familiale, de la transmission sociale. Les former, les formaliser, les financer, les accompagner, ce n’est pas du social : c’est de la macroéconomie intelligente. Une Mère Leader économiquement autonome, c’est une famille stabilisée, des enfants scolarisés, une communauté structurée, une fiscalité élargie. Là où l’aide soulage, le PECC’ADY transforme. Contrairement aux projets à durée limitée, le programme économique n’est pas une opération ponctuelle. C’est une architecture de long terme, pensée sur 10, 20, 30 ans, avec transfert progressif de compétences, montée en puissance des acteurs locaux et sortie organisée de la dépendance. Il ne s’oppose pas à l’aide internationale ; il lui donne un rôle : être un levier, pas une béquille.
Face à cette impasse organisée, le Programme PECC et sa déclinaison PECC’ADY posent une rupture claire, et assumée : Madagascar ne sortira pas de la crise par la compassion, mais par la production. Le pays n’a pas besoin de davantage de projets pilotes ; il a besoin d’un projet politique et économique central. La jeunesse n’a pas besoin d’être occupée ; elle a besoin d’être éduquée, formée, financée, responsabilisée, formalisée. Les Mères Leaders n’ont pas besoin d’assistance perpétuelle ; elles ont besoin d’accès au capital, au droit, au marché. L’informel n’a pas besoin d’être toléré ; il doit être structuré pour devenir une assiette fiscale et un moteur de croissance. Le PECC’ADY dérange parce qu’il dit ce que beaucoup refusent d’admettre : la pauvreté à Madagascar n’est pas seulement un drame humanitaire, c’est aussi un échec politique entretenu. Un échec entretenu par des approches qui soulagent sans transformer, qui stabilisent sans libérer, qui assistent sans jamais transmettre le pouvoir économique. Là où l’aide internationale veut éviter l’explosion, le PECC veut créer des fondations. Là où l’humanitaire gère la dépendance, le PECC organise la sortie de dépendance. La ligne de fracture est là, et elle est politique.
La vraie question politique est donc celle-ci : voulons-nous continuer à gérer Madagascar comme une urgence chronique, ou oser enfin le traiter comme une nation capable de produire, décider et assumer son avenir ? Le PECC et le PECC’ADY ne promettent pas des miracles. Ils proposent un changement de paradigme : passer de la survie à la souveraineté économique, de la dépendance à la responsabilité, de la stabilisation à la refondation. Madagascar n’a pas besoin d’être sauvé indéfiniment. Il a besoin d’être reconstruit, par ses citoyens, pour ses citoyens, avec des partenaires qui acceptent enfin de miser sur sa capacité à se tenir debout. Soit Madagascar reste une zone à stabiliser, une urgence à gérer, un territoire sous perfusion permanente, et alors il faudra accepter qu’il ne devienne jamais pleinement un État souverain. Soit Madagascar choisit de rompre avec cette logique confortable pour les bailleurs et humiliante pour les citoyens, et investit enfin dans ce qui fait une nation : l’intelligence collective, le travail productif, l’autonomie économique, la responsabilité citoyenne.
Madagascar n’a pas besoin d’être sauvé indéfiniment. Il a besoin qu’on cesse de le traiter comme un incapable politique. Et surtout, il a besoin de partenaires qui acceptent une vérité dérangeante : un pays qu’on aide sans jamais lui rendre le pouvoir de produire ne se développe pas, il s’habitue à sa propre … dépendance.
Thierry Raharison – Coordinateur des Programmes PECC / PECC’ADY





