À l’heure où les grandes puissances se livrent une bataille d’influence en Afrique à coups de sommets, de promesses et de pressions — comme l’a encore montré la récente conférence Russie-Afrique — la vraie question pour les États africains n’est pas de savoir avec qui s’aligner, mais comment ne pas se soumettre.
Pour Madagascar, l’alignement n’est pas une option stratégique : c’est une abdication de souveraineté. Dans un monde redevenu brutalement conflictuel, s’adosser à un seul bloc revient à exposer le pays aux chantages politiques, aux dépendances économiques et aux ingérences sécuritaires.
L’ordre international dominé par l’Occident s’effrite, sans qu’un système stable ne l’ait remplacé. Le monde multipolaire qui émerge est instable, transactionnel et imprévisible. Dans cet environnement, les États faibles qui choisissent un camp deviennent des pions. Ceux qui conservent leur autonomie restent des acteurs.
La diplomatie d’équilibrage n’est ni de la neutralité molle ni de l’opportunisme. C’est une stratégie de survie souveraine. Elle implique de coopérer avec tous, sans s’aligner sur personne ; de négocier avec lucidité, sans dépendance ; et de refuser toute instrumentalisation du pays dans des rivalités qui ne sont pas les siennes.
Située au cœur de l’océan Indien, Madagascar est déjà dans le viseur stratégique des grandes puissances, qu’il s’agisse de sécurité maritime, de ressources naturelles ou d’infrastructures critiques. Faire de l’île un avant-poste, un client captif ou une zone d’influence serait une faute historique.
Mais l’équilibrage n’est crédible que si l’État est crédible. Sans institutions solides, sans État de droit, sans gouvernance responsable, la souveraineté n’est qu’un slogan. Elle se négocie mal et se perd vite.
Madagascar doit choisir : être un acteur libre ou un terrain de jeu. Refuser l’alignement, c’est tracer une ligne rouge. C’est affirmer que la politique étrangère du pays ne se décide ni à Paris, ni à Washington, ni à Moscou, ni à Pékin — mais à Antananarivo.





