Les faits impliquant le général Richard Ravalomanana ne sont pas anecdotiques. Ils illustrent une dérive grave et récurrente à Madagascar : la tentation de certains hauts gradés de se placer au-dessus des institutions républicaines. Ancien président du Sénat, dont la nomination a été annulée par la Haute Cour constitutionnelle pour absences répétées aux sessions parlementaires, il conteste aujourd’hui l’autorité de l’État tout en se retranchant derrière son statut militaire.
La convocation pour atteinte à la sûreté de l’État, suivie d’un épisode de tension armée face aux forces de l’ordre, envoie un message désastreux aux militaires et aux gendarmes. Lorsqu’un général défie ouvertement l’État, il fragilise toute la chaîne de commandement et instille une idée dangereuse : celle que la loi serait négociable selon le grade.
Cette situation met en lumière une réalité longtemps occultée : la politisation toxique d’une partie de la gendarmerie. Depuis des décennies, certains cadres supérieurs ont contribué à envenimer la vie politique nationale, transformant des institutions républicaines en instruments d’intérêts personnels, au détriment de la neutralité, de la discipline et de la confiance des citoyens.
On ne peut pas servir l’État lorsqu’il distribue les honneurs, puis le renier lorsqu’il applique la loi. Cette loyauté à géométrie variable est l’un des poisons majeurs de l’instabilité chronique du pays.
Madagascar doit rompre clairement avec l’impunité en uniforme. Être général n’est pas un permis de défiance. L’armée et la gendarmerie doivent obéir à la Constitution, non aux ambitions individuelles. Soit la loi s’applique à tous, soit l’État accepte d’être affaibli par ceux qui portent les armes.






