« La sécurité des passagers avant tout ». Le slogan sonne juste. Mais il arrive bien trop tard.
La reprise des contrôles routiers inopinés sur la RN7, annoncée cette semaine par la Direction générale de la Sécurité routière (DGSR), ressemble davantage à une réaction de façade qu’à une véritable politique de prévention. Encore une fois, l’État agit après les drames, quand les morts se comptent déjà par dizaines.
Rien que pour le mois de décembre, plus d’une quinzaine d’accidents mortels de taxi-brousse ont été recensés sur les routes nationales. Des familles décimées, des survivants mutilés à vie. Et les causes sont connues, répétées, documentées :
pneus complètement usés, freins défaillants, surcharge extrême de bagages, véhicules transformés en cercueils roulants.
Alors annoncer aujourd’hui la reprise des contrôles, après avoir laissé circuler ces engins en toute impunité, relève du médecins après la mort.
Des contrôles qui devraient commencer au départ, pas après l’accident
La vraie prévention ne se fait pas au bord de la route, après plusieurs centaines de kilomètres parcourus.
Les contrôles doivent être systématiques dès le départ des taxi-brousse : état des pneus, système de freinage, éclairage, surcharge des bagages, nombre de passagers, conformité du véhicule.
Mais cette évidence est ignorée depuis des années.
Un système pourri de la base au sommet
Le problème n’est pas ponctuel. Il est systémique.
- La visite technique, censée garantir la sécurité des véhicules, est devenue une formalité administrative vide de sens. Dans de nombreux cas, il suffit d’apporter les papiers du véhicule et de payer pour obtenir le précieux sésame, sans véritable inspection mécanique.
- Les agents de contrôle sur le terrain, notamment ceux postés aux points de départ, ferment les yeux. Tout le monde le sait. La corruption est devenue la règle.
- Les coopératives de transport, loin de jouer leur rôle de régulation, laissent circuler n’importe quoi. Pire : durant les périodes de fêtes, elles imposent aux chauffeurs des allers-retours incessants, sans repos, au mépris total de la sécurité et de la fatigue humaine.
Bagages hors normes, pneus lisses, freins à bout de souffle
L’un des dangers les plus visibles — et les plus ignorés — reste la hauteur et le poids des bagages.
Des montagnes de sacs, de valises, de marchandises empilées bien au-delà des normes de sécurité, modifiant le centre de gravité du véhicule et rendant chaque virage potentiellement mortel.
Ajoutez à cela des pneus lisses, parfois déjà éventrés, des freins qui lâchent en descente, des amortisseurs hors d’usage, et vous obtenez une recette parfaite pour le drame.
Restaurer la confiance passe par le courage, pas par les communiqués
Former les inspecteurs, rappeler les textes de loi, annoncer des sanctions : tout cela existe déjà sur le papier. Ce qui manque, c’est le courage politique d’appliquer la loi, sans arrangement, sans enveloppe, sans exception.
La sécurité routière ne se décrète pas après une série de morts. Elle se construit avant, au départ des gares routières, dans les centres de visite technique, et par la fin de l’impunité.
Sinon, les contrôles inopinés d’aujourd’hui ne seront qu’un épisode de plus dans une longue série de décisions tardives, pendant que les passagers continuent de payer le prix fort — de leur vie.






