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Le Journal de l'île Rouge
Société

Lettre ouverte à M. Franchi Michele : L’argent du contribuable malgache n’est pas un jeu

La gazette de la grande île
26/12/20253 minute read

À l’attention de M. Franchi Michele, Consul honoraire d’Italie à Madagascar,

Les colonnes de ce journal, comme les terrains arides du Menabe, portent les traces d’une promesse non tenue. Aujourd’hui, nous nous adressons à vous non pas en votre qualité de représentant honoraire d’une nation amie, mais en tant qu’acteur central d’un fiasco qui prive 1 346 ménages d’Antsalova de leur avenir : le barrage de Beboka.

Vous vous êtes montré « furax », clamez haut et fort votre nationalité et exigez du respect. Le respect, Monsieur Michele, se gagne. Il se gagne par l’intégrité, par le travail bien fait, par le respect des engagements pris envers des communautés parmi les plus vulnérables de Madagascar. Or, que voyons-nous ?

12 milliards d’ariary. Une somme colossale issue du Fonds OPEP, donc de la solidarité internationale, mais qui engage avant tout l’avenir et les ressources du contribuable malgache. Cet argent devait donner vie à 1600 hectares, à la sécurité alimentaire, au développement. Il a donné naissance à un ouvrage « neuf » qui fuit, retapé de façon « tip-top » selon des images qui ont scandalisé le pays.

Votre réaction à nos révélations a été de brandir votre statut et votre nationalité. La réponse que nous vous adressons, nous, est simple et grave : nous sommes Malgaches, et c’est l’argent du contribuable malgache que vous aviez dilapidé dans un projet médiocre.

Les faits sont têtus, et ils ne relèvent pas d’un manque de respect, mais d’un constat d’incompétence ou de malversation. Le rapport d’expertise mandaté par le ministère lui-même est accablant : béton mis en œuvre sans soin, éléments perméables, assise des murs non assainie. Des malfaçons flagrantes qui mettent en péril la structure elle-même. Les techniciens du FIDA, moins sensibles peut-être à ce que vous appelez le « respect » dû à votre charge, parlent d’un barrage non fonctionnel et réclament des examens approfondis, là où d’autres concluent curieusement à des rustines à 200 millions.

Vous étiez le sous-traitant. L’entreprise titulaire, Sinohydro, porte une lourde responsabilité. Mais votre rôle, votre « entregent politique » souvent évoqué, interrogent. A-t-il conduit à l’aveuglement ou à l’indulgence des mécanismes de contrôle ? Les conditions difficiles du site, le système défaillant de suivi, expliquent-ils vraiment que l’on livre un barrage qui n’en est pas un ?

La colère des populations d’Antsalova est muette pour beaucoup, noyée dans l’isolement de leur région. Notre voix, elle, doit porter leurs interrogations et leur profond sentiment d’injustice.

Aussi, nous ne vous demandons pas de vous cacher derrière votre titre consulaire ou votre nationalité. Nous vous demandons, ainsi qu’à toutes les parties impliquées, des comptes. Des comptes clairs, transparents, sur l’utilisation des 12 milliards d’ariary. Des comptes sur les choix techniques défaillants. Des comptes sur les responsabilités dans cette tragique gabegie.

Le véritable respect, Monsieur le Consul honoraire, serait de faire face à ces questions. Le respect serait de reconnaître l’échec, de participer activement et financièrement aux solutions pérennes, et de cesser de considérer l’argent du développement malgache comme une proie facile.

Les Malgaches méritent mieux que des barrages qui fuient et des promesses en trompe-l’œil. Ils méritent le respect de leur argent et de leurs espoirs. C’est ce respect-là que nous exigeons.

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