Le ciel malgache ne relève pas, encore, de notre souveraineté nationale. Il relève toujours des protections croisées entre hauts fonctionnaires, barons politiques déchus et réseaux criminels transnationaux, du marché noir international, des arrangements clandestins. L’espace aérien malgache n’est plus un espace régalien : c’est toujours un outil logistique mafieux, encore exploité méthodiquement, froidement, durablement. Il faut le dire sans détour : la Transition a totalement perdu le contrôle de notre ciel, et ceux qui prétendent désormais gouverner se contentent d’en gérer les apparences.
La récente nomination du Directeur Général de l’Aviation Civile de Madagascar aurait pu marquer un tournant. Une nomination qui déclenche la panique des réseaux. Elle n’a provoqué qu’une chose : la panique des réseaux hérités de l’ancien régime Rajoelina. Les réflexes mafieux se sont immédiatement activés : sabotages internes, coups de pression, résistances administratives, campagnes souterraines. Pourquoi ? Parce que ces réseaux savent exactement ce qu’ils ont fait, ce qu’ils ont couvert, et surtout ce qui pourrait remonter si un audit sérieux voyait le jour. À Madagascar, quand une réforme déclenche autant d’hostilité interne, ce n’est jamais idéologique. C’est criminel. Les entraves aux audits et investigations ne sont pas accidentelles. Elles sont structurelles. Elles relèvent d’une doctrine : gagner du temps, brouiller les pistes, protéger les parrains. Autorisations de vol délivrées hors procédure. Plans de vol modifiés à la dernière minute. Avions qui quittent le territoire avec de l’or, des devises, des cargaisons sensibles sans traçabilité sérieuse. Fuites organisées de figures centrales du système avant toute comparution. Ce n’est pas un dysfonctionnement administratif. C’est une chaîne de complicité, huilée, testée, répétée.
Cette capture institutionnelle a été perpétrée avec le formidable réseau de l’ASECNA. L’affaire des Boeing 777, dont les enquêtes pataugent et semblent se fondre dans la boue politique, a fait exploser ce que beaucoup savaient déjà : l’aviation civile malgache est infiltrée, pourrie de l’intérieure. Pas à la marge. Au cœur. Sans la complicité active d’agents de l’ACM et de l’ASECNA : aucun appareil n’aurait pu circuler ainsi, aucune anomalie n’aurait été “invisibilisée”, aucun scandale n’aurait atteint ce niveau international. Ces institutions, censées garantir la sécurité, sont devenues des zones grises, où la technique sert de paravent à la criminalité. Le jargon réglementaire y est utilisé comme langage codé de l’impunité. Résultat : Madagascar est désormais étiqueté, signalé, suspecté dans les circuits internationaux. Et ce soupçon ne se dissipera pas par des communiqués. Il ne s’agit pas de tout le personnel. Il s’agit de postes précis, stratégiques, verrouillés depuis des années : ceux qui délivrent les autorisations de survol et d’atterrissage, ceux qui valident et modifient les plans de vol, ceux qui donnent les « clairances de décollage », ceux qui octroient les conformité technique et certifications. Le verrouillage mafieux des postes clés doit être impérativement démantelé. Ces postes sont toujours occupés par des profils intouchables dont des membres de la famille de Mada Hôtel, longtemps blottis sous les ailes du Général Bomba, protégés par le silence et la compromission politique. La question n’est plus qui. La question est pourquoi personne n’ose les mettre en cause, les remplacer. Deux réponses possibles, toutes deux catastrophiques : soit l’exécutif est « pris en otage », soit il est partie prenante, par lâcheté, calcul ou transaction souterraine. Dans les deux cas, l’État est vidé de sa substance. La toile mafieuse est toujours active. Aucune purge sérieuse. Aucune enquête indépendante internationale. Aucune exposition publique des responsabilités. La toile mafieuse aérienne est intacte. Elle observe. Elle attend. Elle sait que le temps joue pour elle. Chaque jour sans action renforce son pouvoir et affaiblit la crédibilité du pays. Madagascar ne gouverne plus : il est administré par des réseaux parallèles.
Si le PCA actuel de l’ASECNA est réélu pour son deuxième mandat, ce ne sera pas un acte de continuité institutionnelle, ce sera une honte pour l’Afrique. Ce sera un signal politique désastreux de la Transition actuelle. Elle signifiera clairement : on ne touche pas aux équilibres existants. Autrement dit, ses mains-d’œuvre mafieuses restent, les pratiques continuent, les scandales seront étouffés. Dans ce contexte, parler de sécurité aérienne relève de la farce. Tant que cette situation perdure, Madagascar restera un pays à haut risque, un maillon faible dans l’océan Indien, une plateforme de flux illicites internationaux, y compris ceux liés au terrorisme, au blanchiment et au crime organisé. Ce n’est plus une affaire intérieure. C’est une menace régionale, internationale.
La Transition ne contrôle pas notre ciel. Madagascar reste un territoire de transit, toléré tant que l’Etat se tait, surveillé tant que l’Etat sert. À ce stade, nous n’avons que deux options : ouvrir ces institutions à un audit international total, sans protection politique ou accepter définitivement d’être un espace sous influence mafieuse, avec tout ce que cela implique. Il n’y a plus de zone grise. Il n’y a plus d’excuse technique. Il n’y a plus de délai. Le ciel malgache est aujourd’hui l’aveu d’un pouvoir armé d’incapables ou … « complices ».





