Chaque crise sanitaire que nous traversons est un nouvel appel d’air. Pas pour les médecins. Pas pour les hôpitaux. Mais pour les charognards du pouvoir, ceux qui surgissent toujours quand la peur remplace la vigilance et que l’urgence anesthésie la loi. La variole du singe n’est pas encore installée que la mécanique semble déjà être en marche. Discrète. Rodée. Huilée par des années de rapines. On reconnaît les signes avant-coureurs : réunions fermées, décisions centralisées à la hâte, budgets d’urgence débloqués sans traçabilité, et surtout ce silence pesant autour des circuits financiers. Le même silence que pendant les deux COVID. Le même silence qui a précédé les plus gros pillages sanitaires de l’histoire récente du pays.
Ne jouons pas aux naïfs. La pandémie de COVID n’a jamais été un échec de gestion. Elle a été un succès de prédation. Un jackpot. Une mine d’or pour une élite politico-affairiste qui a transformé la souffrance collective en opportunité privée. Dons internationaux détournés. Équipements médicaux disparus. Kits sanitaires évaporés. Et cette farce devenue symbole : des centaines de 4×4 achetés au nom de la santé publique, maquillés, repeints, recyclés, revendus comme s’il s’agissait d’un banal commerce automobile. Le sang du peuple sur la carrosserie. Aujourd’hui, sous le masque de la Transition, les mêmes réseaux pointent leurs museaux et préparent leurs retours. Pas toujours en première ligne. Non. Trop intelligents pour ça. Ils conseillent. Ils orientent. Ils placent. Ils tiennent les signatures secondaires, les directions techniques, les postes clés où l’on ne parle pas à la presse mais où l’on valide les chiffres. La mafia Rajoelina n’a pas été démantelée. Elle a été reclassée.
La Transition est à un carrefour. Soit elle rompt. Vraiment. Brutalement. Soit elle devient le sas de blanchiment politique des anciens pillards. Et pour l’instant, les signaux sont mauvais. Trop de continuités. Trop de recyclages. Trop de silences. Trop de figures connues qui refont surface. La crise Mpox est idéale pour eux. Parce qu’elle justifie tout : l’opacité, la rapidité sans contrôle, l’exclusion des contre-pouvoirs, la mise à l’écart de la société civile, le mépris du citoyen au nom de sa “protection”. C’est exactement comme ça que le COVID a été volé. Et ceux qui prétendent aujourd’hui ne pas voir le danger sont soit aveugles, soit complices. La responsabilité est désormais collective. Les citoyens doivent surveiller. Les journalistes doivent fouiller. Les ONG doivent exiger. Les bailleurs doivent conditionner. Pas après. Maintenant. Avant que les comptes ne soient vidés. Avant que les rapports ne soient enterrés. Avant que les coupables ne disparaissent derrière une nouvelle crise. Chaque Ariary lié à Mpox doit être public. Chaque contrat doit être publié. Chaque bénéficiaire doit être nommé. Sans exception. Sans urgence comme excuse.
Que la Transition écoute bien : si elle croit pouvoir refaire le hold-up sanitaire du COVID, si elle pense pouvoir s’abriter derrière la peur, l’urgence et les conseils des anciens mafieux du régime Rajoelina, alors elle signera sa propre condamnation politique. Cette fois, il n’y aura ni oubli, ni pardon, ni indulgence internationale. Le peuple a peut-être la mémoire courte quand il a faim, mais il a une rage longue quand on le vole pendant … qu’il meurt.





