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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Parle-moi de ta transition – Nous sommes à l’épreuve de la vérité : ou la transition, ou le chaos !

La gazette de la grande île
09/01/20264 minute read

L’Afrique n’a plus besoin d’un modèle de chaos politique supplémentaire. Elle en est déjà saturée. Trop de Transitions avortées, trop de pouvoirs provisoires devenus permanents, trop de promesses de refondation qui n’ont accouché que de régimes fermés, autoritaires, cyniquement installés dans l’exception. Nous sommes, aujourd’hui, à cette croisée dangereuse. Et l’Histoire observe.

Car une Transition n’est pas un pouvoir à habiter, encore moins à consolider. C’est une parenthèse, une passerelle fragile, un mandat de confiance extrêmement limité confié par une nation en état de choc institutionnel. Quand cette parenthèse se transforme en stratégie, quand le provisoire s’éternise, quand l’ambiguïté devient méthode, alors la Transition cesse d’être un remède : elle devient la maladie. Notre climat politique est lourd de non-dits, de calculs et de silences organisés. Les institutions parlent, mais à voix basse. Les acteurs rassurent, mais sans calendrier. On invoque la stabilité pendant que l’incertitude se prolonge. Et pendant ce temps, la société malgache attend. Elle attend un signal clair. Elle attend un cap. Elle attend un Accord Politique digne de ce nom. Un accord, pas une mise en scène. Un accord, pas une addition d’intérêts. Un accord, pas un texte taillé pour durer plus que nécessaire.

Les observateurs nationaux et internationaux ne demandent pas l’impossible. Ils demandent l’essentiel : une architecture de Transition crédible, inclusive, limitée dans le temps et juridiquement encadrée. Ils demandent des garanties. Ils demandent une sortie, pas une installation. Dans ce contexte, la parole publique a un poids historique. Et lorsque le Président de l’Assemblée Nationale, sur la chaîne nationale TVM, rappelle une vérité que beaucoup préfèrent contourner, à savoir que Madagascar n’est pas en Transition et que le chef de l’État n’est qu’intérimaire, dépositaire d’une fonction transitoire et non d’un mandat souverain, ce n’est pas une phrase anodine. C’est un rappel institutionnel majeur. C’est une ligne rouge. C’est un avertissement. Être intérimaire, ce n’est pas gouverner comme si l’on était élu. Être intérimaire, ce n’est pas redessiner le jeu politique. Être intérimaire, ce n’est pas s’approprier le temps, les leviers et les ressources de l’État. L’intérim appelle la retenue. Il impose la neutralité. Il exige l’humilité. Tout le reste relève de l’usurpation douce, de la dérive progressive, de ce glissement insidieux que l’Afrique connaît trop bien : celui où, au nom de la stabilité, on enterre la démocratie ; où, au nom de l’ordre, on confisque le choix populaire ; où, au nom de la Transition, on fabrique un régime.

Nous n’avons pas besoin d’un énième cas d’école de ce que l’Union Africaine condamne officiellement, mais tolère officieusement. Nous n’avons pas besoin d’un pouvoir transitoire qui s’épaissit, se durcit et se protège. Madagascar a besoin d’un accouchement politique clair, douloureux peut-être, mais salvateur : un accord politique inclusif, public, borné dans le temps, assorti d’un calendrier électoral intouchable. Sans cela, le pays ne sera pas en Transition. Il sera en suspension. Et une Nation suspendue trop longtemps finit toujours par tomber.

Si nous ratons ce « rendez-vous politique », ce ne sera pas la faute du peuple, ni de la rue, ni des circonstances. Ce sera la responsabilité pleine et entière de ceux qui auront confondu « intérim » et « règne », Transition et pouvoir, mission et ambition. Et l’Histoire, elle, ne reconnaît jamais l’excuse du provisoire devenu… permanent.

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