Il faut cesser l’hypocrisie. La grande distribution alimentaire ne joue plus son rôle d’amortisseur social. Elle est devenue, pour une partie de ses acteurs dominants, un canal de déversement de produits alimentaires de très basse qualité, importés en masse, vendus à prix trompeurs et consommés par des ménages qui n’ont ni le choix, ni l’information, ni la protection. Ce n’est pas une dérive. C’est un modèle mafieux maitrisé et verrouillé majoritairement par les karana et quelques élites mafieuses malgaches.
Ces enseignes promettent le “pouvoir d’achat” mais livrent l’indigence nutritionnelle. Elles prétendent soulager le portefeuille. En réalité, elles chargent la santé publique. Produits ultra-transformés, chargés en sucres, en graisses, en additifs, souvent classés parmi les pires catégories des échelles nutritionnelles européennes lorsqu’ils y sont évalués. Des produits refusés ou marginalisés dans leurs marchés d’origine, mais écoulés sans scrupules dans un pays où la faim réduit toute capacité de choix. Quand le ventre est vide, le marketing devient une arme. Et la grande distribution le sait. Ne nous trompons pas de vocabulaire, ce qui domine aujourd’hui n’est pas la concurrence, mais la concentration. Concentration des importations, concentration des entrepôts, concentration des circuits de distribution, concentration du pouvoir de fixation des prix et des références. Ces réseaux fonctionnent avec des intermédiaires logistiques complaisants, des facilités administratives suspectes, des silences réglementaires, et la protection tacite d’une partie des élites économiques et administratives. Ce n’est pas une question d’origine. C’est une oligarchie commerciale, point.
Du moment que les assiettes fiscales imposées par les bailleurs européens sont atteints, l’État regarde et le consommateur paie. Où est le contrôle sanitaire renforcé ? Où est l’autorité indépendante capable de dire non ? Absente. Les fédérations de protection des consommateurs qui s’insurgent sont vite bâillonnées par des promesses politiques, des sièges au sein du ministère du Commerce, des quotas dans les conseils d’administration… Résultat : le pays est inondé de produits médiocres, sa population est exposée à long terme à des risques sanitaires et des profits privatisés pendant que les coûts de santé seront socialisés. C’est une violence économique froide. Une enseigne se positionnant en « leader » en paye le prix fort à chaque « rébellion populaire », des opérations menées de main de maître par la mafia. Cette chaine de distribution, remarquable par son clientélisme « d’expats », dérange les autres par la qualité de ses produits importés, aux normes, nutritionnellement acceptable.
Il est temps de dire les choses sans détours. Les réseaux dominants de la grande distribution qui importent massivement des produits alimentaires de très faible qualité, profitent de la pauvreté pour imposer des standards indignes, s’abritent derrière des complicités administratives, doivent être traités comme des acteurs à risque systémique. Le consommateur exige des contrôles nutritionnels stricts et sanitaires renforcés, publics et fréquents, l’interdiction d’importation de produits alimentaires classés dans les catégories nutritionnelles les plus nocives, la traçabilité et transparence des chaînes d’importation, des sanctions économiques dissuasives contre les enseignes récidivistes et la création urgente d’une Autorité Indépendante de Protection des Consommateurs. Cet organisme indépendant aura un pouvoir d’enquête, une publication des résultats, une capacité de sanction et une indépendance totale des intérêts commerciaux.
Madagascar est affamé, mais n’est pas un dépotoir commercial. Et ceux qui transforment la misère en modèle d’affaires ne sont pas des distributeurs, ce sont des prédateurs économiques. La République doit choisir de protéger ses citoyens, ou protéger ceux qui les chouchoutent à prix d’or, au mépris de la santé publique malgache.






