Il existe dans l’ombre de l’État un poste plus puissant que certains ministres, plus décisif que bien des discours présidentiels, plus destructeur que les crises sanitaires ou climatiques. Il s’agit de la Personne Responsable des Marchés Publics ou PRMP. Une nomination discrète, le puissant cachet, le stylo en or. Et des milliards qui disparaissent.
Officiellement, la PRMP est là pour protéger l’intérêt général de notre pays. Elle est le dernier verrou avant le grand pillage de nos caisses publiques. Dans la réalité malgache, trop souvent, elle est devenue le dernier sas avant la prédation. C’est elle qui choisit qui mangera, décide qui construira et surtout qui sera intouchable. Quand la PRMP tombe, l’État tombe avec elle. Le scandale « MAGIC » n’est pas un nom. C’est une mécanique. Le problème n’est pas la femme, de son nom de jeune fille, Tsiky RAMANAKAVANA, qui aurait été la Personne Responsable des Marchés Publics au sein de la présidence des Rajoelina et Ravatomanga. Le problème n’est pas son mari. Le problème n’est même pas leur entreprise MAGIC S.A où elle est le General Manager Supply Chain. Le problème, c’est quand une haute responsable de la commande publique se retrouve dans une configuration où les marchés publics de l’État semblent converger massivement vers l’entreprise de son conjoint. Même si tout était “légal sur le papier”, ce que seule la justice indépendante peut trancher, l’indécence morale est totale. Des dizaines de marchés. Des routes inachevées. Des travaux bâclés. Des chantiers abandonnés. Et pourtant… peu ou pas de sanctions visibles à la hauteur des dégâts. Ce n’est plus une anomalie. C’est un mode opératoire mafieux. Chez nous, les routes et les constructions surévaluées ne mènent plus quelque part. Elles mènent à des comptes bancaires. Pendant que les populations roulent sur des pistes lunaires, les ambulances se cassent sur des nids-de-poule mortels, les régions restent enclavées. Les marchés, eux, roulent parfaitement. Vers les mêmes cercles. La route est cassée, mais le système, lui, est bien huilé.
Ressort alors le mensonge d’état : “ce sont des techniciens”. Non. Les PRMP ne sont pas de simples techniciens. Ce sont des architectes de l’économie réelle, des arbitres de la rente publique, parfois des complices silencieux d’un système de prédation. Chaque signature est un choix politique. Chaque attribution est un message. Chaque silence est une approbation. Issu du ministère de l’Économie et des finances, dont tout semble faire croire que c’est le cœur malsain de notre Nation, le corps des PRMP n’est pas le seul bénéficiaire de la manne providentielle des milliards de prêts et d’aide pour Madagascar. En effet, quand on observe ses fonctionnaires au train de vie sans rapport avec leurs salaires, des dynasties administratives qui se succèdent et se protègent, grâce notamment au système de « remplacement numérique » des fonctionnaires partis en retraite ou décédés, et dont ce ministère en a la main mise, des réseaux où les noms de famille comptent plus que la compétence, il devient légitime de poser une question interdite : qui contrôle réellement l’argent public malgache ? L’État … ou des clans ?
Un État qui confie ses marchés publics sans filtrer la moralité, sans exclure les conflits d’intérêts familiaux, sans sanctionner les échecs manifestes, n’est plus un État. C’est une caisse commune pillée par des « initiés ». Aujourd’hui, nous ne pouvons plus parler d’erreurs. Nous parlons de népotisme appauvrissant, de capture de l’État, de trahison silencieuse de l’intérêt général. L’argent public malgache n’est pas seulement mal géré. Il est pris en otage. Et tant que les PRMP continueront d’être choisies pour leur loyauté politique, leurs alliances familiales, ou leur docilité, chaque dépense de l’Etat sera suspecte, chaque marché public signé sera une accusation potentielle et chaque silence sera une complicité. Les peuples peuvent supporter la misère. Ils ne survivent jamais longtemps au pillage organisé. Le cas de sieur Tojo RANAIVO de la société MAGIC S.A. n’est pas anodin, d’autres cas similaires sont à mettre sous la lumière des projecteurs publics. Depuis le scandale, des dizaines de « cocottes minettes » sont dans la tourmente, car le coq du village MAGIC a été démasqué et n’est plus financièrement … injoignable.








