La corruption impliquant les agents chargés de la circulation routière et des transporteurs n’est plus un fait isolé ni un simple dysfonctionnement. Elle s’apparente aujourd’hui à un système bien rodé, transmis et perpétué au fil des années, au détriment de la sécurité publique, du respect de la loi et de la confiance des citoyens.
Le principe est tristement connu : payer pour ne pas respecter la loi. Surcharge des véhicules, non-respect du Code de la route, absence ou expiration de la visite technique, véhicules sans papiers ou sans licence de transport, mépris des règles élémentaires de sécurité des passagers… La liste des infractions est longue, mais presque toutes peuvent être « réglées » contre un billet discrètement glissé, devenu un véritable laissez-passer universel.
Il ne s’agit ni d’un scoop ni d’une découverte récente. C’est un rappel nécessaire d’une réalité que tout le monde connaît, y compris au sein de la hiérarchie. Car ce système ne concerne pas uniquement les agents visibles sur le terrain. Il fonctionne aussi grâce à un silence organisé, une tolérance tacite qui permet à ces pratiques de perdurer sans réelle conséquence.
Dans plusieurs zones de la capitale et de ses environs, ces dérives sont quotidiennes et visibles. Des bus prennent des passagers hors des arrêts réglementaires, effectuent des demi-tours dangereux ou s’arrêtent en plein rond-point sous le regard passif des forces de l’ordre. Les ronds-points et grands axes sont devenus des points névralgiques de ces pratiques, notamment à Ampasika, Andranotapahana sur la nouvelle voie rapide, Ambohimanarina, Anosy, et bien d’autres encore.
Les conséquences sont lourdes. Elles se mesurent en accidents évitables, en vies mises en danger, en embouteillages chroniques, mais aussi en érosion progressive de l’autorité de l’État. Lorsque la loi devient négociable, elle cesse d’être une référence. Et lorsque l’illégalité devient la norme, c’est toute la société qui en paie le prix.
La question n’est donc pas de savoir si ce système existe, mais combien de temps encore, il sera toléré. Tant que les règles continueront d’être appliquées de manière sélective, tant que les infractions seront monnayées plutôt que sanctionnées, les discours sur la sécurité routière et la bonne gouvernance resteront lettre morte.
Ce constat appelle une réflexion profonde sur les mécanismes de contrôle, la responsabilité hiérarchique et la volonté réelle de restaurer l’autorité de la loi sur les routes. Car sans actions concrètes, visibles et durables, la corruption routière continuera de circuler librement, au même titre que les véhicules qu’elle protège.






