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Le Journal de l'île Rouge
Politique

« Une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle s’est détruite de l’intérieur » – Will Durant

La gazette de la grande île
13/01/20264 minute read

Pourquoi le 25 septembre n’a pas plongé Madagascar dans le chaos, mais l’a sorti d’une illusion.

Beaucoup continuent de le dire, parfois avec lassitude, parfois avec colère : « Depuis le 25 septembre, Madagascar est dans la merde ». Cette affirmation, répétée comme une évidence, mérite pourtant d’être questionnée. Car elle repose sur une lecture erronée des événements. La chute de l’ancien régime n’est pas un coup d’État au sens propre, et ce qui s’est ouvert depuis cette date n’est pas un effondrement, mais une transition — difficile, fragile, imparfaite — vers une reconstruction longtemps repoussée.

Ce qui s’est produit n’est pas un coup d’État

Un coup d’État est une prise de pouvoir brutale, généralement militaire, sans rupture préalable entre le pouvoir et la population. Or, ce que Madagascar a vécu est tout autre chose. Le régime Rajoelina ne s’est pas écroulé sous une attaque extérieure, mais sous le poids de ses propres contradictions.

Corruption devenue systémique, favoritisme assumé, promesses irréalisables répétées jusqu’à l’usure, institutions affaiblies, communication permanente pour masquer l’absence de résultats : le pouvoir s’était déjà effondré politiquement bien avant le 25 septembre. Cette date n’a été que le moment où la rupture est devenue visible.

Parler de coup d’État permet surtout d’éviter une vérité plus inconfortable : l’ancien régime a été victime de sa propre gestion.

Le désordre n’est pas le chaos, c’est la fin du déni

Une transition politique n’est jamais propre, jamais rassurante. Elle révèle brutalement ce qui était caché. Beaucoup confondent aujourd’hui ce moment de déséquilibre avec un chaos généralisé.

Mais ce qui se passe depuis le 25 septembre ressemble davantage à un pays qui cesse de faire semblant. Un État qui tente de se réorganiser après des années de gouvernance fondée sur l’image, le culte du chef et l’impunité.

Oui, les difficultés sont là. Elles sont même criantes. Mais elles ne sont pas nouvelles. Elles sont simplement devenues visibles.

Un pays qui recommence à se regarder en face

Depuis la fin de l’ancien régime, certains signaux, encore faibles, mais réels, émergent :

une parole publique moins verrouillée,

une remise en question de certains réseaux de prédation,

une volonté, encore hésitante, de réhabiliter les institutions,

et surtout, le retour de l’idée que le pouvoir doit rendre des comptes.

Ce ne sont pas encore des succès spectaculaires. Mais ce sont des ruptures claires avec le système précédent, où toute critique était perçue comme une menace.

Un héritage lourd pour le nouveau régime

Le régime qui a succédé à Rajoelina n’a pas hérité d’un pays stable et fonctionnel, mais d’un État affaibli, de finances publiques fragilisées, d’une administration déformée par le clientélisme et d’une population profondément méfiante.

Il a, oui, du pain sur la planche. Reconstruire ce qui a été méthodiquement abîmé prendra du temps. Juger cette transition uniquement sur ses premières difficultés revient à ignorer la profondeur des dégâts laissés par l’ancien pouvoir.

À ceux qui affirment que « c’était mieux avant »

Mieux avant, quand la corruption était banalisée ?
Mieux avant, quand les promesses remplaçaient les résultats ?
Mieux avant, quand la communication tenait lieu de politique publique ?

Ce sentiment de nostalgie est celui d’une stabilité de façade, pas d’un progrès réel. Une illusion qui a longtemps permis de masquer la dégradation silencieuse du pays.

Le 25 septembre, un début plus qu’une rupture

La citation de Will Durant éclaire parfaitement la situation malgache. Madagascar n’a pas été « conquis » par une force extérieure. Il a été fragilisé de l’intérieur, puis contraint d’ouvrir les yeux.

Le 25 septembre n’a pas plongé le pays dans la crise. Il a marqué la fin d’un mensonge collectif. Et si la route vers la reconstruction est longue et semée d’embûches, elle a au moins un mérite : elle repose désormais sur la réalité, et non sur l’illusion.

Madagascar ne va pas plus mal qu’avant.
Il commence, enfin, à se relever.

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