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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Christophe Dabezies : le caviar malgache pour la France, le mépris pour Madagascar

La gazette de la grande île
17/01/20264 minute read

Selon Christophe Dabezies : “Madagascar ne mérite pas de consommer son propre caviar”

Il y a des déclarations qui choquent. D’autres qui révèlent, sans fard, une vision du monde profondément méprisante. Les propos attribués à Christophe Dabezies, dirigeant de l’entreprise Acipenser Madagascar, productrice du Rova Caviar, relèvent de cette seconde catégorie.

Affirmer que « les Malgaches ne méritent pas de consommer leur propre caviar », puis décider unilatéralement de cesser toute fourniture aux grands restaurants de Madagascar pour n’exporter qu’en France, n’est pas une simple décision commerciale. C’est un acte politique, lourd de symboles, et une insulte directe à un pays qui accueille, nourrit et rend possible cette activité.

Un caviar produit à Madagascar… mais interdit aux Malgaches

Rappelons quelques faits essentiels.
Acipenser Madagascar opère sur le sol malgache, avec les eaux de Madagascar, et bénéficie du statut de zone franche. À ce titre, la loi est claire : une part de la production doit être destinés au marché local.

Il ne s’agit pas d’un détail administratif, mais d’un engagement légal et moral. Peu importe que le caviar soit un produit de luxe. Peu importe que seuls quelques consommateurs locaux puissent se l’offrir. Le principe est fondamental : un produit fabriqué à Madagascar ne peut être confisqué au seul bénéfice de l’étranger.

D’autant plus que l’argument du “manque de demande locale” ne tient pas. Les faits démontrent exactement l’inverse : les stocks de caviar dans les grands restaurants malgaches ont toujours été écoulés. La demande existe. Elle est limitée, certes, mais bien réelle.

Zone franche ne veut pas dire zone de non-droit

Être en zone franche ne signifie pas être au-dessus des lois. Ce statut n’autorise ni l’arrogance, ni le mépris, encore moins le contournement des obligations légales envers le pays hôte.

Madagascar ne peut pas continuer à accepter des entreprises qui profitent de ses ressources, de ses avantages fiscaux, de sa stabilité relative, tout en refusant en retour le moindre respect au marché local et à la population.

Quand un opérateur économique commence à expliquer aux Malgaches ce qu’ils “méritent” ou non de consommer, on quitte le terrain de l’économie pour entrer dans celui du néo-colonialisme assumé.

Madagascar n’est pas une simple plateforme d’exportation

Le fait qu’Acipenser Madagascar soit le seul producteur de caviar en Afrique et dans l’océan Indien aurait pu être une fierté partagée. Un symbole de savoir-faire, de réussite, de valorisation du territoire. Mais cette réussite devient amère lorsqu’elle s’accompagne d’un discours d’exclusion et de domination.

Madagascar n’est pas une ferme géante destinée à nourrir les tables européennes, pendant que ses propres citoyens sont priés de regarder de loin ce qui est produit chez eux.

Le message du Journal de l’Île Rouge

Si vous ne souhaitez pas respecter vos engagements envers Madagascar, dégagez.
Si les lois du pays vous dérangent, trouvez un autre pays.
Si le marché local vous méprise, cessez d’exploiter ses ressources.

Ce sont les eaux de Madagascar, le territoire malgache et les avantages accordés par l’État qui permettent la production de ce caviar d’exception. Le minimum attendu en retour, c’est le respect.

Madagascar n’a pas besoin d’investisseurs qui reproduisent les logiques du passé : extraction, exportation, mépris. Le pays mérite mieux. Et les Malgaches n’ont certainement pas à demander la permission pour consommer ce qui est produit chez eux.

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