Il existe encore, en 2026, des individus et des sociétés qui regardent Madagascar comme on regardait autrefois une terre sans maître, une carte blanche, un réservoir à exploiter, un décor exotique où l’on peut tout se permettre tant que les signatures sont obtenues dans des bureaux feutrés d’Iavoloha. La marque « Rova Caviar »est l’incarnation parfaite de cette arrogance.
Le statut de zone franche de la société « Acipenser Madagascar », censé stimuler l’économie nationale, est devenu à Madagascar l’arme préférée des rentiers étrangers :exonérations fiscales, contrôle minimal, rapatriement massif des profits et contribution marginale au tissu économique local. La « Zone Franche » est le paradis des prédateurs français. Mais ici, le scandale dépasse la fiscalité. Le site de production à Mantasoaest implanté au cœur d’une zone humide stratégique. Cette zone alimente nos barrages hydroélectriques. Elle conditionne directement une grande partie de la production électrique de la JIRAMA, qui concerne la sécurité énergétique nationale. Ce n’est plus une erreur. Ce n’est plus une négligence. C’est une faute politique majeure.

Qui a signé ? Qui a couvert ? Qui a fermé les yeux ? Qui en a profité ? La question centrale n’est pas si le projet est problématique. Il l’est. La question est : qui a autorisé l’accaparement d’une ressource hydrique stratégique par une entreprise de luxe exportatrice ? Le ministère de l’Environnement ? L’APMF ? Le ministère de l’Énergie ? La Présidence ? Ou un cocktail de compromissions, d’arrangements discrets et de silences achetés ? Dans un pays normal, jamais un tel projet n’aurait vu le jour sans débat public, sans étude indépendante, sans arbitrage national. À Madagascar, il suffit parfois d’un nom étranger, d’un discours pseudo-technique, d’une promesse d’emplois et d’un tampon administratif. C’est exactement ainsi que fonctionnent les systèmes mafieux.
Le caviar est un produit inutile socialement, inaccessible à 99,9 % des Malgaches, dépendant de marchés étrangers et sans impact structurant sur l’économie réelle. C’est une logique de prédation, pas d’investissement. Pendant que les ménages vivent les délestages, les PME ferment, les hôpitaux manquent d’eau et d’électricité, l’État subventionne une JIRAMA exsangue. On protège l’eau d’un poisson de luxe, pas celle d’un peuple. C’est obscène. C’est indéfendable. C’est politiquement criminel. Le plus grave n’est même pas matériel. Il est idéologique. C’est la preuve que le discours colonial a été toujours présent dans les hautes sphères. Le discours de Christophe Dabezies, paternaliste, condescendant, empreint de cette vieille musique coloniale, trahit une vision du pays. Madagascar est un terrain d’essai. Les Malgaches sont la main-d’œuvre docile et pas chère. L’État est le figurant où la souveraineté est optionnelle. Ce type de discours n’est pas une maladresse. C’est une mentalité. Et cette mentalité n’a plus sa place sur cette terre bénie des Dieux et de nos ancêtres. Il faut le dire clairement, sans diplomatie inutile. Madagascar n’est pas une zone franche géante. Madagascar n’est pas une réserve hydrique gratuite. Madagascar n’est pas un laboratoire d’aquaculture de luxe. Madagascar n’est pas une colonie qui s’ignore. Quand une entreprise étrangère bénéficie d’avantages fiscaux extrêmes, privatise indirectement une ressource stratégique, met en péril l’équilibre énergétique et se permet le mépris verbal, elle doit partir !

Qu’on se le dise sans détours : cette famille de colon moderne doit plier bagage. Parce que ce projet est une aberration écologique, une insulte à notre souveraineté énergétique, une caricature d’économie extractive et un symbole de ce que Madagascar doit définitivement refuser. Et si certains, dans les hautes sphères, pensent encore que nous ne comprenons pas, qu’ils se rassurent : le peuple voit, retient et n’oublie jamais. L’eau, l’énergie et la dignité nationale ne se négocient pas. Pas même au prix du caviar. Que les Dabezies aillent s’Acipenser … sur les rives de la Seine.






