Il y a un mot qui fait vendre. Un mot exotique, chaud, sensuel, chargé de mystique et de promesses : « Madagascar ». On le retrouve en lettres élégantes sur des emballages de luxe à Paris, Londres ou New York : Caviar de Madagascar, Vanille Bourbon de Madagascar, Poivre sauvage de Madagascar ou Chocolat origine Madagascar. Le consommateur ferme les yeux imagine une île généreuse, des paysans dignes, une économie locale florissante. La réalité, elle, est beaucoup plus brutale. Madagascar n’exporte pas de la richesse. Madagascar exporte sa pauvreté transformée ailleurs.
Que vend réellement Madagascar ? L’or brut malgache : une matière première, pas une industrie. Des œufs d’esturgeon, de la vanille verte, séchée artisanalement, des épices non transformées, du cacao brut, du café non valorisé et des ressources naturelles à faible valeur ajoutée. Ce que Madagascar ne vend pas, en revanche : des marques fortes, des produits finis à haute marge, des chaînes de transformation industrielles, du savoir-faire breveté et de la souveraineté économique. Le cœur du problème est là. La valeur n’est pas créée à Mantasoa ou à Sambava. Elle est créée à Paris. Personne ne parle ici de complot. Il s’agit d’un système parfaitement légal, parfaitement immoral. Ces sociétés françaises sont des noms propres, mais un système impropre. Sur l’emballage : « Madagascar ». Sur la valeur : « France ». Sur les bénéfices : ailleurs. Le pays producteur devient un décor bien planté. La société franche et le pays transformateur deviennent les bénéficiaires.
On nous ment sur ces retombées économiques. On nous répète, comme un mantra colonial repeint, que “ces exportations font vivre les paysans.” Vraiment ? Le producteur de vanille malgache, entre autres, reste sans protection sociale. Il subit la volatilité des prix, souvent manipulée. Il est exposé au vol, à l’insécurité, aux mafias locales. Il ne contrôle ni les volumes, ni les prix finaux. Pendant ce temps, aucune « industrie nationale » de transformation ne voit le jour, aucun transfert technologique structurant n’est imposé et aucune montée en gamme souveraine n’est organisée. Le paysan survit. L’État regarde. L’intermédiaire prospère.
Madagascar est aujourd’hui une marque mondiale… dont les Malgaches ne possèdent ni les droits, ni les dividendes. Le label “Madagascar” est une marque sans propriétaire. Aucune stratégie nationale sérieuse n’est pensée pour la protection de l’origine, la transformation locale obligatoire, la taxation intelligente des exportations brutes et la construction de champions nationaux. Résultat : Madagascar fournit l’âme. D’autres encaissent l’argent. L’état malgache sous le régime des Rajoelina et Ravatomanga était-il spectateur ou complice ? La question est inconfortable, mais incontournable. Pourquoi aucune politique industrielle forte ? Pourquoi aucune exigence de transformation locale minimale ? Pourquoi aucune condition stricte aux sociétés étrangères ? Pourquoi autant de discours, si peu de stratégie ? À force d’inaction, l’État cesse d’être naïf. Il devient structurellement complice d’un modèle qui appauvrit son propre peuple. Ce que la Refondation devrait faire est l’interdiction progressive de l’exportation brute des produits stratégiques. Elle doit imposer la transformation locale (extraction, conditionnement, marque) et créer des marques nationales fortes, protégées juridiquement. Elle doit fiscaliser intelligemment les intermédiaires étrangers et former, industrialiser, financer localement. Ce n’est pas du radicalisme. C’est ce que tous les pays sérieux ont fait.
Non, Madagascar ne manque pas de richesses. Il manque de courage politique. Tant que “Madagascar” sera écrit en gros sur des produits fabriqués ailleurs, tant que les profits voyageront plus vite que les droits sociaux, tant que l’État confondra exportation et développement, le luxe continuera d’être étranger, et la pauvreté restera nationale. La Refondation commence ici : reprendre la valeur, ou rester juste… une carte postale.





