La toile numérique malgache est devenue un terrain vague où la jeunesse se perd et où le crime s’affiche au grand jour. Facebook, TikTok, Instagram, … ces plateformes ne sont plus de simples outils de communication : elles sont devenues des bourses du vice, des marchés du mensonge et des centrales de désinformation politique. Et le pire ? Tout cela se déroulait sous le regard aveugle ou complice des anciens ministres de l’ère Rajoelina, notamment celui de la communication et la culture, comme si l’inertie et l’impunité faisaient partie d’un plan bien huilé.
Les jeunes filles vendent leur corps, leurs photos, leurs vidéos de sexe ; les arnaqueurs exploitent des utilisateurs naïfs pour grappiller leurs économies ; les vendeurs d’Antares et ses dérivés s’arrachent les plus vulnérables connectés ; les comptes politiques fictifs orchestrent des campagnes de haine et de manipulation. Et pendant des décennies, les autorités de l’ancien régime ont ramé, incapables de verrouiller les réseaux ou de protéger la génération connectée. Mais ne soyons pas naïfs : c’est moins une incapacité qu’une complicité silencieuse, un jeu de mafia où le régime de Rajoelina a tiré profit de la confusion pour renforcer sa domination et contrôler l’opinion. Oui, Rajoelina et ses affidés savaient jouer avec ces plateformes : ils manipulaient les algorithmes, finançaient des comptes fictifs, étouffaient les voix critiques, et transformaient un outil d’émancipation en arme de contrôle. Les mêmes réseaux qui pourraient éveiller la jeunesse à la citoyenneté deviennent des pièges numériques, un écran derrière lequel se dissimulent des pratiques mafieuses et des manipulations politiques.
Pourquoi le clan mafieux n’avait-il pas agi ? Parce que la législation est un tissu de lacunes et surtout parce que l’intérêt du pouvoir primait sur la sécurité des jeunes. Pendant ce temps, dans d’autres pays africains, des gouvernements verrouillent temporairement les réseaux en période électorale, imposent des lois de protection des mineurs, obligent les plateformes à coopérer ; à Madagascar, on se contentait de communiquer creux, de discours officiels et de réunions qui ne changeaient rien. Résultat : la génération connectée malgache est en perte de repères, exposée à la pornographie, aux arnaques, à la propagande et à la manipulation. Les parents sont impuissants, les écoles et éducateurs dépassés et les jeunes abandonnés à un Far West numérique où la survie se mesure en « likes », en clics et en illusions. Chaque scandale, chaque abus, chaque arnaque qui éclatait sur la toile était immédiatement oublié, tandis que ceux qui tiraient profit de ce chaos, ceux qui trafiquaient la jeunesse et la morale publique, restent encore au chaud dans l’impunité. À Madagascar, le réseau social n’est pas un outil : c’est une arène où l’État jouait sa propre comédie, tandis que les jeunes s’y font dévorer.
Et puis il y a le nerf de la guerre. Celui dont on ne parle jamais dans les communiqués policés, jamais dans les ateliers sponsorisés, jamais dans les panels sur la “citoyenneté numérique”. L’argent. Car si ce chaos numérique prospère, ce n’est pas par accident. Il est rentable. Tout ce désordre ne doit surtout pas être remis en cause. Le remettre en cause menacerait des intérêts trop bien installés : ceux des fournisseurs d’accès internet, champions nationaux de la connexion à tout prix. Le numéro un, avec près de trois millions de clients connectés, incarne parfaitement cette équation cynique : plus de data consommée, plus de forfaits écoulés, plus d’Ariary qui tombe, chaque seconde, sans odeur ni état d’âme. Du point de vue strictement comptable, un mégaoctet est un mégaoctet : qu’il transporte une vidéo éducative ou une vidéo d’exploitation, la facture est la même. Le cash, lui, ne fait pas la morale. Ce n’est pas le rôle d’un opérateur, dira-t-on
La jeunesse malgache peut bien s’y perdre, s’y vendre, s’y faire manipuler. Tant que les voyants financiers sont au vert, le reste est bruit de fond. On appelle cela le progrès, la modernité, la transformation digitale. En réalité, c’est une économie de l’indifférence, où la connexion vaut plus que la conscience. Le chaos numérique est toléré parce qu’il paie. Et tant que l’Ariary coulera plus vite que la honte, tant que la Refondation ne se dote pas immédiatement de programmes d’éducation citoyenne et morale, de lois robustes, de moyens techniques et d’une véritable volonté politique, personne, ou presque, n’aura intérêt à appuyer sur le bouton… “STOP”.






