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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Hery Rajaonarimampianina ou l’homme qui n’a pas laissé d’ombre

La gazette de la grande île
30/01/20264 minute read

Il y a des présidents qui laissent des cicatrices. D’autres laissent des ruines. Il y a des présidents détestés. Il y a des présidents contestés. Hery Rajaonarimampianina appartient à une catégorie plus rare et plus grave : le président inutile. Ni tyran, ni réformateur. Ni bâtisseur, ni destructeur. Juste absent. Son passage à Iavoloha n’a pas été un mandat. Ça a été une location provisoire, payée d’avance par d’autres. Hery Rajaonarimampianina, lui, n’a laissé qu’un blanc. Un trou dans la mémoire nationale. Un mandat fantôme, comme un passage mal imprimé dans le grand livre de Madagascar. Il n’est pas tombé du pouvoir. Il ne s’est pas battu pour le conserver. Il l’a rendu, comme on rend un costume trop grand, froissé, jamais ajusté. Un chef d’État qui ne finit pas son mandat sans se battre n’est pas un homme d’État. C’est un gestionnaire défaillant de la souveraineté nationale. L’homme n’est pas tombé. Il s’est effacé.

« L’homme ressort », comme disaient ses détracteurs, n’allait pas jusqu’au bout du quinquennat. Alors il a cédé. Doucement. Silencieusement. Sans combat. Comme on rend les clés d’une maison qu’on n’a jamais habitée. Et pendant que le pays tanguait, pendant que les caisses se vidaient, pendant que les réseaux mafieux de Rajoelina préparaient le retour du DJ, le président comptable se taisait. On murmure des valises. On chuchote trois millions d’Euros démasqués dans un aéroport français. On ne condamne pas sans preuve. Mais on juge le silence. Un ex-président qui se tait face aux soupçons n’est pas digne. Il est coupable de mutisme. Une affaire jamais expliquée. Jamais clarifiée. Jamais affrontée. Mais tout est suspect, parce que le silence nourrit toujours le soupçon. Un ancien président doit parler, même pour se défendre. Le silence n’est pas de la hauteur. C’est un aveu déguisé. La pire condamnation est l’effacement. Il aurait pu rester à l’INSCAE, son refuge naturel, son perchoir académique, lui allait mieux que le Palais d’Iavoloha. Là au moins, les chiffres obéissent. Les hommes, non. Les chiffres ne trahissent pas. Et puis il y avait Mantasoa et les mousquetaires. Ce sont les fantômes d’un régime creux. Ils murmuraient. Ils conseillaient. Ils manipulaient. Ceux qui connaissaient les secrets du palais comme on connaît les intrigues d’une mauvaise « telenovela ». Aujourd’hui, ils ont disparu. Parce que ce régime n’avait ni idéologie ni loyauté. Seulement des arrangements temporaires. Quand le centre est vide, tout s’effondre. L’Histoire est parfois cruelle. Mais là, elle sera indifférente. Hery Rajaonarimampianina ne sera pas haï. Il ne sera pas défendu. Il sera oublié. Son mandat n’a produit ni traumatisme ni espérance. Seulement un temps mort dans la descente du pays. Être président de Madagascar et n’avoir laissé aucune trace, ni bonne ni mauvaise, c’est le plus grand échec politique possible.

Hery Rajaonarimampianina n’a jamais été l’adversaire de Rajoelina. Il en fut l’appendice temporaire. Un pion utile, puis remisé. L’Histoire malgache ne retient pas les pions. Elle les oublie. Il n’y a pas de chute spectaculaire. Pas de procès politique. Pas même de rédemption. Juste un effacement progressif. Comme une encre qui pâlit au soleil. Hery Rajaonarimampianina ne sera pas jugé sévèrement par l’Histoire. Il sera à peine juger. Et c’est sans doute la condamnation la plus dure : avoir été président sans jamais devenir un homme … d’État.

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