Il y a des gouvernements qui naissent dans le tumulte des urnes, d’autres dans l’urgence des crises. Et puis il y a ceux qui surgissent dans le silence métallique de casernes et des colonnes, sans consultation politique réelle, sans contrat clair avec la Nation, sans autre légitimité que les réseaux qui les ont enfantés. Le gouvernement aujourd’hui en place appartient à cette dernière catégorie : un pouvoir hors-sol, assemblé comme un conseil d’administration, dont une large majorité est issue des Grandes Loges, non par hasard, mais par méthode.
Deux mois ont passé. Deux mois de communiqués, de slogans recyclés, d’effets d’annonce hérités d’anciens temps, parfois même d’anciens échecs. Rien de structurel, rien d’urgent, rien de vital pour une population étranglée par la vie chère, l’insécurité alimentaire et l’effondrement des services publics. Cette République parle, parle beaucoup, mais elle n’agit pas. Elle promet, mais elle ne tranche pas. Elle gesticule pendant que le pays s’éteint à petit feu. Pendant ce temps, la Présidence dite de la Refondation multiplie les voyages populistes, les bains de foule scénarisés, les images destinées à l’exportation médiatique. Le pays devient un décor, le peuple une figuration. Le culte du déplacement est prononcé, le social profond ne figure pas dans la liturgie. L’urgence sociale nationale n’est pas traitée : elle est contournée. Pire encore, les règles fondamentales de l’État sont bafouées avec une légèreté inquiétante. La laïcité est piétinée, la séparation entre l’Église et l’État devient floue, volontairement floue, instrumentalisée. La religion n’est plus une foi, elle devient un outil de légitimation politique, un encens jeté sur des décisions qui n’ont plus besoin d’être justes, seulement d’être bénies. Dans cette confusion organisée, le pouvoir n’est plus arbitre : il est acteur, juge et prêcheur. Et quand l’État se met à prêcher, c’est toujours le citoyen qui finit crucifié.
Face à cela, les partis politiques donnent un spectacle tout aussi désolant. Incapables de se rassembler, ils se fragmentent en feuilles de route concurrentes, en égos pressés, en stratégies individuelles. Chacun parle, personne ne construit. Ils se hâtent de palabrer avec l’Union Africaine, non pour proposer une sortie de crise claire, mais pour exister dans les couloirs diplomatiques. La lecture est simple, presque brutale : des extrémistes de circonstance, rompus à l’art de brûler pour exister, des professionnels de la crise, qui voient dans le chaos une opportunité de siège doré et confortable. La Nation, elle, n’est jamais au centre. Elle est l’alibi.
Au milieu de cet échiquier cynique, le citoyen se perd. Désorienté, épuisé, désabusé. Le mouvement Gen Z, jadis porté comme une icône du renouveau, est aujourd’hui sous perfusion politique. Sa notoriété s’effrite comme neige au soleil. Ceux qui l’ont utilisé ont déjà sécurisé leurs positions. Les jeunes, eux, restent avec les slogans et les désillusions. L’histoire est ancienne, mais elle se répète toujours. Les idéalistes montent sur la scène, les stratèges ramassent les sièges. La Gen Z est sacrifiée sur l’autel de l’avidité politicienne. Et dans l’ombre, une attente sourde grandit. Certains murmurent déjà une métaphore dangereuse : une future “Nuit des Longs Couteaux” politique, non pas comme événement, mais comme logique, celle où les alliances se retournent, où les pionniers sont sacrifiés, où la loyauté devient un handicap.
La trahison restera toujours la méthode de gouvernance. Car au fond, tout se résume à cela. Dans ce système, la déloyauté est devenue la clé de la réussite. On trahit ses alliés pour accéder au pouvoir, on trahit ses promesses pour conserver son siège, on trahit la République en utilisant la religion comme arme de prédication politique. Les sièges comptent plus que les principes. Le pouvoir plus que le peuple. La bénédiction plus que la Constitution. Madagascar n’est pas en refondation. Il est en confiscation. Et tant que la politique restera un marché de dupes, tant que la morale sera sacrifiée sur l’autel des ambitions personnelles, tant que la foi servira de camouflage au vide politique, la crise ne sera pas résolue : elle sera simplement administrée. Silencieusement. Hypocritement. Jusqu’à … l’effondrement suivant.





