Où va-t-on ? Où va-t-on quand la critique devient un crime moral, quand poser une question suffit à être classé parmi les ennemis de l’ordre établi ? Où va-t-on quand le pouvoir confond stabilité et silence, loyauté et soumission, paix sociale et anesthésie collective ? On nous parle d’urgence sociale. Mais une urgence sélective, découpée à la machette du calendrier politique. Une urgence qu’on exhibe quand elle sert de décor à des pré-campagnes, puis qu’on range dans un tiroir sitôt les caméras éteintes.
Le peuple n’est plus un sujet politique, il est un argument. Les bourreaux d’hier, les inquisiteurs d’un autre temps, circulent libres, blanchis par une morale opportuniste. Au nom de quoi ? D’une géographie instrumentalisée, d’un régionalisme recyclé en excuse judiciaire. La justice n’est plus aveugle, elle reconnaît très bien les siens. Pendant ce temps, les nouveaux parrains sortent de l’ombre. Ils ne se cachent même plus. Ils se montrent, se posent, s’installent. Ils veulent être vus, reconnus, légitimés. Le pouvoir n’est plus conquis, il est sponsorisé.
L’économie tangue. L’inflation ronge. Les prix montent plus vite que les salaires, plus vite que la patience, plus vite que l’espoir. Et face à un peuple à genoux, on propose des discours, des promesses, des slogans. On gouverne à coups de communiqués pendant que la marmite déborde. L’intérim, lui, se nourrit de notoriété. Il prospère sous une Constitution violée à répétition, utilisée comme chiffon, jamais comme boussole. La loi fondamentale n’est plus un socle, c’est un décor qu’on déplace selon l’angle de prise de vue.
Et la politique ? Elle se donne en spectacle. Elle s’offre à tous les vents, change de discours selon l’audience, de morale selon l’heure, de principes selon l’intérêt. Elle croit que tout le monde est dupe. Erreur. Les grands décideurs reconnaissant les putes. Les partenaires connaissent les casseroles. Les observateurs possèdent les historiques. Même le peuple sait, il n’a juste plus la force de crier. Mais qu’on ne se trompe pas. Un peuple qu’on humilie trop longtemps n’oublie pas. Il encaisse, il survit, il se tait parfois. Pas par consentement. Par épuisement. Et l’histoire est implacable avec les pouvoirs qui confondent résignation et adhésion.
On peut gouverner contre le peuple un temps. On peut gouverner sans lui plus longtemps encore. Mais on ne gouverne jamais à sa place. Et, inévitablement, il se fait violer à chaque crise politique, il se tait et … jouis dans sa souffrance.





