Le chef de la junte malgache prépare un déplacement à Paris fin février où il doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Il participera également à une séquence économique réunissant les représentants des patronats français et malgache.
Publié le 17/02/2026 à Joan Tilouine, Laure Verneau
Une rencontre entre le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, et le chef de l’État français, Emmanuel Macron, est en cours de discussion. Celle-ci devrait se tenir les 24 et 25 février, sauf changement, et un créneau début mars est aussi discuté.
Le pouvoir malgache a un temps envisagé un déplacement à Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine, durant cette même période, mais semble finalement décidé à privilégier Paris. La Russie, qui a récemment renforcé son partenariat avec Madagascar, notamment sur le plan militaire, devrait être à l’agenda du chef de la junte malgache dans les semaines qui suivent.
Après une série de déplacements à Dubaï, Abu Dhabi et Pretoria, le colonel Randrianirina compte réajuster sa diplomatie multilatérale, en cherchant à rééquilibrer la relation avec la France dans sa stratégie diplomatique (AI du 11/12/25 et AI du 21/01/26). Partenaire privilégié historique de la Grande Île, Paris a été un brin tenu à l’écart depuis la prise de pouvoir du 14 octobre 2025, marquée par l’exfiltration, par le dispositif militaire français, du président Andry Rajoelina établi depuis à Dubaï (AI du 13/10/25). Les paramètres de cette première visite officielle ont été discutés lors d’un échange téléphonique entre le putschiste malgache et le président français, dans l’après-midi du samedi 7 février.
Pas moins de 29 projets
Ce déplacement doit s’inscrire dans une séquence économique plus large, coorganisée avec les organisations patronales : le Medef international, dirigé par Frédéric Sanchez, et le Groupement des entreprises de Madagascar (GEM), piloté par Francis Rabarijohn. Des dirigeants d’entreprise des deux pays doivent prendre part à un cycle de réunions et examiner pas moins de 29 projets, dans des secteurs aussi variés que ceux de l’énergie, des infrastructures, du numérique et du tourisme.
Les contours précis de cette séquence restent encore à préciser, mais elle devrait tabler sur une feuille de route commune intitulée, pour l’instant, « Vers une nouvelle alliance stratégique des entreprises malgaches et françaises ». Ce document d’une dizaine de pages daté du 21 janvier 2026, consulté par Africa Intelligence, synthétise les priorités d’investissement identifiées lors de deux tables rondes. La première s’était tenue en avril 2025, pendant le déplacement d’Emmanuel Macron sur la Grande Île – lorsqu’Andry Rajoelina était encore au pouvoir (AI du 08/04/25). La seconde, qui date de novembre 2025, était consacrée au suivi des engagements. Cette feuille de route a été transmise au colonel Randrianirina, qui l’a validée début janvier.
Du côté du Medef international, les préparatifs sont notamment orchestrés par le directeur général Philippe Gautier, et l’homme d’affaires Karim Vissandjee, conseiller du président de l’organisation patronale. Proche d’Emmanuel Macron, Karim Vissandjee est notamment à l’origine du CEO Forum Inde-France. Les deux responsables s’étaient déjà rendus en mission sur la Grande Île, début décembre 2025, afin d’assurer le suivi de cette feuille de route censée cadrer le renforcement des liens économiques entre Paris et Antananarivo (AI du 19/01/26).
La transition en question
Dans cette stratégie de repositionnement de la France à Madagascar, Emmanuel Macron mise sur une diplomatie économique comme levier privilégié. Paris tient aussi à se démarquer de la Russie en démontrant sa capacité d’aide humanitaire, grâce à celle qu’il a récemment acheminée vers la ville de Tamatave (côte est), durement touchée par le cyclone Gezani depuis le 12 février. La France s’inquiète de l’influence grandissante de la Russie, qui a ces derniers mois renforcé son partenariat militaire avec Madagascar en déployant 140 instructeurs sur place et en acheminant du matériel. Un avion Iliouchine s’est posé, vendredi 13 février, sur le tarmac de l’aéroport international d’Antananarivo. Un autre gros-porteur dépêché de Moscou a atterri trois jours plus tard dans la soirée.
Alors que l’évolution du paysage politique à Madagascar demeure incertaine, quatre mois après le coup d’État, la France s’efforce de se distancier de l’ancien pouvoir malgache et de renouer avec les autorités putschistes. Tout en s’inquiétant de la ligne du colonel Randrianirina quant à la transition, dont il doit présenter une feuille de route au plus tard le 28 février à la Southern African Development Community (SADC), comme l’a exigé son président par intérim, le chef de l’État sud-africain Cyril Ramaphosa, lors d’une audience le 16 janvier 2026 à Pretoria. À ce jour, le plan malgache reste nébuleux au regard des délais imposés.
Ce sujet devrait être abordé lors de la rencontre avec Emmanuel Macron, qui cherche à adopter une position présentée comme pragmatique par Paris à l’égard des putschistes. Le chef de l’État français a ainsi reçu à l’Élysée le président gabonais de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, en mai 2024, et s’est entretenu avec le Guinéen Mamadi Doumbouya avant qu’il ne soit élu. Le colonel Randrianirina sera le troisième représentant du régime de la Refondation de la République de Madagascar reçu à l’Élysée, après la ministre des affaires étrangères Christine Razanamahasoa et le président de l’Assemblée nationale Siteny Randrianasoloniaiko (AI du 19/12/25 et AI du 13/02/26).






