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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Si l’Afghanistan m’était conté 2026, quand l’Histoire bégaie sous les tropiques

La gazette de la grande île
19/02/20263 minute read

Il y a des pays qui écrivent l’Histoire. Et d’autres qui semblent la photocopier… en noir et blanc, avec une machine en panne. La situation politique actuelle à Madagascar donne parfois l’étrange impression d’un vieux film géopolitique mal doublé. On croyait regarder un documentaire sur l’Afghanistan en 1979, on réalise que le décor a changé, mais que le scénario, lui, est resté coincé dans les archives.

Petit rappel historique : en décembre 1979, l’Union soviétique entre en Afghanistan pour “stabiliser” un régime ami en difficulté. Officiellement pour aider. Officieusement pour s’assurer que le voisin ne change pas de couleur politique. Résultat : dix ans de guerre, un pays fracturé, et une leçon universelle, quand les grandes puissances viennent “aider”, elles arrivent rarement les mains vides… et repartent rarement rapidement. Avance rapide vers 2026. Après le renversement du régime de Andry Rajoelina, le pouvoir intérimaire malgache, fragile comme une maison en « falafa » sous cyclone, appelle à l’aide militaire de la Russie. Motif officiel : assistance humanitaire suite aux cyclones Fytia et Gezani. Humanitaire, bien sûr. Des avions-cargos atterrissent, chargés de “logistique de secours”. Des conseillers arrivent pour “sécuriser les infrastructures”. Des experts en stabilité institutionnelle expliquent comment maintenir l’ordre, au cas où la population confondrait démocratie et agitation.

On connaît la chanson. À chaque époque, les mots changent : 1979 parlait de “solidarité socialiste”. 2026 parle “d’aide humanitaire stratégique”. Mais le principe reste identique : quand un pouvoir vacille, il cherche un parapluie. Et parfois, le parapluie pèse plus lourd que la tempête. L’ironie est presque nucléaire : un pays frappé par des cyclones naturels se mettrait à importer un cyclone géopolitique. Comme si les vents de l’océan Indien ne suffisaient pas, on déciderait d’ouvrir une fenêtre sur les courants froids de Moscou. L’histoire nous enseigne pourtant une règle simple : une armée étrangère n’est jamais une ONG en uniforme. Bien sûr, les partisans diront que c’est du pragmatisme. Les opposants crieront à la perte de souveraineté. Les analystes parleront de repositionnement stratégique dans l’océan Indien. Pendant ce temps, la population comptera les sacs de riz et les promesses. Et comme toujours, la question n’est pas : “Qui vient nous aider ?” Mais plutôt : “À quel prix ? Et pour combien de temps ?”

“À quel prix ? Et pour combien de temps ?”

Car les grandes puissances n’investissent jamais uniquement dans la météo. Elles investissent dans l’influence. Si 1979 fut une leçon pour l’Asie centrale, 2026 pourrait devenir un cas d’école tropical : comment transformer une crise politique en expérimentation géostratégique. Madagascar mérite mieux qu’un remake géopolitique. Nous méritons mieux que des politiciens véreux et au final, ne seraient que les « chemises brunes » de Rajoelina et Ravatomanga, ceux qui vont crier… « Sieg Heil ! »

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