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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Russie, diplomatie d’équilibre ou tentation d’alignement ?

La gazette de la grande île
20/02/20263 minute read

Depuis l’établissement des relations diplomatiques en 1972 entre Madagascar et l’ancienne Union soviétique, la trajectoire entre Antananarivo et Moscou a toujours été celle d’une relation prudente, intermittente, parfois idéologique, souvent pragmatique. Aujourd’hui, dans un monde fracturé, la redynamisation du lien avec la Russie ne peut être ni romantique ni impulsive : elle doit être stratégique.

 

Dans les années 1970, sous l’orientation socialiste de la Deuxième République malgache, la coopération avec Moscou relevait d’un choix politique assumé. Bourses d’études, formations techniques, coopération militaire : l’U.R.S.S. a formé des médecins, des ingénieurs, des officiers. Elle a contribué à structurer des élites administratives et scientifiques. Mais il faut le dire sans détour : cette coopération n’a pas transformé structurellement l’économie malgache. Elle n’a pas industrialisé la Grande Île. Elle n’a pas construit de filières stratégiques intégrées. Elle a formé des hommes, mais pas bâti des systèmes. L’héritage soviétique était la solidarité, la formation, mais pas l’industrialisation. Après la chute de l’URSS, la relation s’est ralentie. Moscou s’est repliée sur ses propres convulsions économiques. Madagascar, de son côté, s’est tourné vers les bailleurs occidentaux et les institutions de Bretton Woods. L’ère était à l’ajustement structurel, pas au partenariat souverain.

 

Depuis les années 2010, la Russie opère un retour méthodique en Afrique. Ce retour est géopolitique avant d’être philanthropique. Il s’inscrit dans la logique d’un monde multipolaire défendu au sein des BRICS. La Russie y est membre fondateur aux côtés du Brésil, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud. Elle y défend la « dédollarisation » progressive des échanges, la création de circuits financiers alternatifs, une diplomatie Sud-Sud moins dépendante des puissances occidentales, et un accès privilégié aux ressources stratégiques. Madagascar, avec ses terres rares, son graphite, son nickel, son potentiel énergétique et maritime, entre naturellement dans cette équation. Mais ici se joue une question essentielle : Madagascar sera-t-il partenaire ou simple réserve stratégique ? Notre souveraineté commence à domicile. Au-delà des discours diplomatiques, les attentes des concitoyens malgaches sont profondes : une relance économique par la base, la formalisation de l’informel, la structuration des micro-entreprises, une bancarisation progressive et surtout une éducation civique et citoyenne renforcée. Parce que la corruption, l’impunité et la captation des ressources ne sont pas des fatalités géopolitiques, mais des pathologies internes.

 

L’après Moscou ne doit plus être les photos et reportages rediffusés en boucle, tels du temps des chaines audiovisuelles communistes. Que les balances soient aux normes. Que chaque projet crée des emplois locaux réels. Si des programmes civiques, éducatifs et socio-économiques structurés existent, qu’ils soient évalués objectivement. Si les partenaires traditionnels les ont ignorés, qu’un nouveau partenaire, quel qu’il soit, les examine sur la base de leur pertinence, non sur la base d’alliances politiques. Mais que personne ne s’y trompe : aucun dirigeant étranger, pas même à Moscou, ne construira la souveraineté malgache à la place des Malgaches. La Russie peut être un levier. Les BRICS peuvent être une alternative. Mais le bout du tunnel ne s’atteint pas par substitution de tutelle. Il s’atteint par lucidité, équilibre et … exigence nationale.

 

Thierry Raharison – Coordinateur PECC / PECC’ADY

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