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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Nos gourous garou : Gourous ou la république des ombres

La gazette de la grande île
21/02/20264 minute read

À Madagascar, le pouvoir ne se gagne pas seulement dans les urnes. Il se négocie dans les temples feutrés, se scelle dans les voyages opaques, s’échange dans les arrière-boutiques où la République devient une marchandise. À chaque régime, le même scénario. Un homme tombe. Un autre monte. Et derrière lui, surgit un nouveau “guide”, un nouveau “grand maître”, un nouveau stratège invisible, présenté comme l’architecte secret de la victoire. Le peuple regarde. Le peuple endure. Le peuple paye.

À chaque transition politique, un phénomène étrange fleurit. Des conseillers mystiques surgissent de nulle part. Des “faiseurs de rois” autoproclamés revendiquent l’ombre du trône. Des réseaux parallèles murmurent qu’ils contrôlent les décisions. On ne parle jamais d’institutions solides. On parle d’hommes providentiels. On parle de pactes secrets. On parle de protections invisibles. Comme si la République était une société initiatique. Comme si la souveraineté nationale dépendait d’autels cachés, du théâtre des gourous, de leurs planches. Le problème n’est pas spirituel. Il est structurel. Quand les institutions sont faibles, les marchés publics deviennent des monnaies d’échange, les postes stratégiques deviennent des récompenses et les fortunes explosent plus vite que les écoles ne se construisent. Ce ne sont pas des forces occultes. Ce sont des systèmes de capture. La capture de l’État. La capture des ressources. La capture de l’avenir. Et c’est notre vraie malédiction.

De la transition de 2009 à aujourd’hui, sous différents visages politiques, le mécanisme reste identique, un discours de rupture, une promesse de moralisation, une recomposition des réseaux. L’émergence de nouveaux intermédiaires nous fait vite oublier les engagements. Les anciens gourous disparaissent. Les nouveaux s’installent. Le peuple, lui, reste pauvre. Quand les tensions montent, certaines figures spirituelles des anciennes puissances s’éclipsent vers des hubs financiers comme l’Ile Maurice. Pourquoi ? Parce que les capitaux circulent plus vite que la justice. Parce que l’opacité aime les juridictions confortables. Mais la question n’est pas où l’on fuit. La question est : pourquoi le système permet-il ces trajectoires ? Maurice, Dubaï, Paris sont les éternelles coulisses régionales de fuite et d’exil, la répétition toxique politique.

A force de parler de forces invisibles, on évite de parler de la transparence budgétaire, de l’indépendance de la justice, du contrôle parlementaire et de l’audit des patrimoines. Le mythe du pouvoir mystique est cultivé pour asseoir une notoriété éphémère. Le mystique sert souvent d’écran. Il fascine. Il effraie. Il détourne. La vérité est plus banale et plus grave, le pouvoir s’achète quand il n’est pas surveillé. Ce que le citoyen malgache ne supporte plus, ce n’est pas seulement la pauvreté. C’est la répétition. Toujours le même cycle. Toujours les mêmes rumeurs. Toujours les mêmes enrichissements fulgurants. Toujours les mêmes silences institutionnels. Et toujours un nouveau gourou qui prétend détenir la clé invisible du pouvoir. Le peuple est fatigué.

Que cessent les pratiques occultes, réelles ou fantasmées, pour obtenir et maintenir le pouvoir à Madagascar. Que cessent ces voyages incessants à Vohipeno, Ambohimanga, Toamasina, … Que cessent les pactes d’ombre qui remplacent les programmes crucifiés aux colonnes. Que cessent les intermédiaires mystifiés qui confisquent la République. Que cesse la mise en scène du secret comme outil de gouvernance. Nous n’avons pas besoin de nouveaux maîtres. Nous avons besoin d’institutions. Nous n’avons pas besoin de gourous. Nous avons besoin de transparence. À chaque régime, un nouveau prophète surgit. À chaque crise, un nouveau “faiseur de destin”. Assez. Madagascar n’est ni un cercle fermé, ni une loge, ni un autel. C’est une Nation. Et une Nation ne se gouverne ni par l’ombre, ni par la peur, ni par les murmures. Elle se gouverne par la… loi.

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